Le dimanche 12 février 2012

Pages Jaunes : menace de grève pour la sécurité d’emploi

10 mars 2010 | 14h25
Mise à jour: 10 mars 2010 | 15h45
 

Michel Munger
Argent

Si un syndicat des Pages Jaunes (YLO.UN) menace de déclencher une grève, c’est essentiellement parce qu’il craint pour sa juridiction et la sécurité des emplois qu’il défend.

 

C’est ce qu’explique Kateri Lefebvre, conseillère syndicale et négociatrice pour le compte du Syndicat des employées et employés professionnels et de bureau, section locale 574.

Représentant quelque 300 vendeurs de publicité au Québec et à Ottawa, le syndicat a vu son dernier contrat de travail prendre fin le 31 décembre dernier.

Après un vote où 95% des syndiqués ont approuvé des moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève, Mme Lefebvre indique que des questions existentielles sont centrales pour la négociation.

Selon elle, les Pages Jaunes font des demandes importantes sans avoir déposé de textes dignes d’une convention collective.

En premier lieu, la juridiction syndicale serait touchée.

«Tout le travail lié à un produit papier imprimé est attribué aux vendeurs à l’interne, dit la négociatrice. L’employeur demande le droit de donner le travail relié aux produits électroniques en sous-traitance à des compagnies externes, par exemple. Le papier est présentement en déclin et l’entreprise se tourne vers la plateforme électronique. C’est un enjeu important. Si on laisse cette partie du travail aller à l’extérieur, ça aura un impact majeur sur l’emploi.»

En effet, les Pages Jaunes ont surtout développé leurs publications sur Internet depuis quelques années même si l’édition de bottins demeure importante.

Kateri Lefebvre souligne aussi que les demandes patronales compromettraient la sécurité d’emploi. «L’employeur veut donner des postes aux gens selon de nouvelles conceptions du rôle de représentant vendeur. Les gens pourraient carrément perdre leurs postes parce qu’ils ne font pas partie de cette nouvelle conception.»

Pour sa part, le syndicat réclame des changements en matière d’organisation de travail.

«Il faut faire en sorte d’abolir un système d’évaluation d’emploi qui ne fonctionne pas, estime Mme Lefebvre. On donne aux employés des objectifs personnels ou de compagnie qui ne tiennent pas compte de la réalité du marché. Les patrons sont obligés de les réévaluer parce que le système ne fonctionne pas. Les employés vivent dans un contexte de peur [quant à l’impact de leur évaluation].»

La partie syndicale demande aussi que les vendeurs de publicité passent plus de temps directement avec le client. À l’heure actuelle, les Pages Jaunes évalueraient la proportion du temps consacrée au client à 40%.

Enfin, le syndicat demanderait une augmentation salariale de l’ordre de 2,5%.

Un moment stratégique

Or, il est difficile de négocier sans s’asseoir à la table et le mandat pour des moyens de pression tombe à un moment stratégique, lance Kateri Lefebvre.

«Nous avons reçu un mandat fort. C’est un moment important parce que la fermeture d’annuaires (une étape avant l’impression) se fait présentement à Montréal et Québec, principalement. L’employeur sait trop bien que c’est un moment important et il a annulé la rencontre de conciliation d’aujourd’hui. Elle a été repoussée au 26 mars.»

Le syndicat dit qu’il n’entend pas se faire bousculer. «Une grève, c’est un dernier recours mais […] si l’employeur ne respecte pas notre échéancier, nous devrons le faire.»

Aux Pages Jaunes, la directrice des communications Annie Marsolais refuse de formuler des commentaires sur les enjeux de la négociation.

«Le dialogue est très positif jusqu’à présent, dit-elle. Nous voyons les tactiques du syndicat pour obtenir le mandat de faire des moyens de pression mais nous avons tout à fait l’intention de continuer les discussions. Les discussions sont très saines à la table des négociations et nous voulons maintenir cela.»

«Groupe Pages Jaunes a le vent dans les voiles et fait énormément d’investissements dans le personnel de vente», poursuit-il.

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