La SRC et Télé-Québec financées par les téléspectateurs?
Mise à jour: 19 mars 2010 | 16h00
Argent
Le CRTC pourrait accorder des redevances aux chaînes généralistes lundi. Les diffuseurs privés et publics en demandent depuis 3 ans. D'autres options sont-elles envisageables?
Ce mode de financement, auquel TVO et TFO ont recours, permettrait à Ottawa et Québec de se désengager en partie alors que les gouvernements fédéral et provincial prévoient des déficits budgétaires pour plusieurs années.
La formule ontarienne, également employée par PBS aux États-Unis, plait à Yves Rabeau, professeur de l’UQAM et spécialiste en télécommunications. «Ceux qui apprécient la télé publique devrait la financer. Ça nous permettrait de voir à quel point le public tient à ces médias là», a-t-il affirmé, soulignant que le gouvernement pourrait continuer d’assumer certains frais fixes.
TVO et TFO reçoivent une contribution de Queen’s Park – 75% d’un budget de 22 M$ dans le cas de TFO- mais elles amassent aussi des dons auprès de leurs membres. TVO compte chaque année entre 80 000 et 100 000 membres qui lui permettent d’amasser environ 8 M$.
La chaîne anglophone a lancé au début du mois sa campagne Go Public dans l’espoir de récolter des dons d’une valeur de 10 M$. Sa collègue francophone TFO, qui est indépendante depuis 2007, vient de lancer sa propre campagne J’appuie TFO et elle espère accueillir 1000 membres en 12 mois.
Le grand patron des services français de Radio-Canada, Sylvain Lafrance, croit que ce mode de financement ne convient pas au radiodiffuseur canadien. «Ce sont des modèles d’affaires différents -TVO et TFO- et il serait difficile pour nous de faire appel aux dons. Notre modèle de télévision publique fait appel au financement public et il est plus européen comme la BBC et France Télévision», a-t-il exprimé à Argent.
La direction de Télé-Québec admet de son côté qu’elle a songé recourir aux dons à plusieurs reprises mais juge que cette avenue est peu prometteuse. «Ça coûte cher et ça prend plusieurs années avant de rapporter», a expliqué Michèle Fortin, PDG de Télé-Québec, soulignant que contrairement à TVO et TFO le diffuseur québécois a le droit de vendre de la publicité.
En Ontario, les téléspectateurs qui font le choix d’appuyer TFO deviennent membres du diffuseur en versant des contributions qui peuvent s’étaler de 10 à 200$. Le diffuseur entend aussi solliciter des organismes et des entreprises. «Il y a une tradition de mécénat beaucoup plus forte au Canada anglais qu’au Québec», a analysé Claudette Paquin, directrice générale de TFO.
L’analyste de l’industrie de la télévision, Claude Bédard, n’est pas en faveur de ce modèle de financement. L’homme a notamment une bonne connaissance de Télé-Québec car il a présidé un groupe de travail sur l'avenir de la chaîne au milieu des années 2000.
«Quand un état se dote d’une télévision publique, on doit lui donner les moyens de vivre», a affirmé M. Bédard, soulignant que les gens sont davantage portés à appuyer des causes plus humanitaires comme celle de la population haïtienne par exemple.
Le modèle peut tout de même être lucratif puisque PBS a amassé plus de 250 M$ en 2009 selon les données financières du diffuseur américain.

