Charles Sirois dénonce un manque de culture entrepreneuriale
Mise à jour: 18 février 2010 | 14h00
Michel Munger
Argent
Charles Sirois estime que si le Québec n’arrive pas à démarrer de solides entreprises à partir de fonds de capital de risque, c’est en raison d’une culture entrepreneuriale absente.
Le président de la société de capital privé Télésystème a formulé ces commentaires en marge d’une allocution donnée lors du congrès Horizon 2010 organisé par Réseau Capital à Montréal.
«La culture entrepreneuriale est non valorisée, principalement au Québec, déplore M. Sirois à Argent. Ce n’est pas important ici d’avoir des entrepreneurs. On ne valorise pas l’accomplissement, le concept de prendre une idée et d’en faire une réalité. Comment voulez-vous avoir une société tournée vers le futur si on ne le fait pas ? Ça crée une carence d’entrepreneurs et d’investisseurs privés.»
Selon M. Sirois, la prospérité des entreprises québécoises passe par le développement à long terme, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle.
«Surtout, ça prend de la vision, de la volonté et de la détermination. Ça ne vient pas facilement. Ça prend de l’audace et du temps de la part de chacun des acteurs pour développer une économie tournée vers le futur.»
Il argumente que comme dans le monde du sport, un effet d’entraînement découle des succès.
«Ici, on met en valeur un joueur de hockey. Le jeune qui est au niveau bantam voudrait être un grand joueur. C’est la même chose dans l’entrepreneurship. Si on mettait en valeur nos scientifiques qui réussissent, ça pousserait des jeunes à devenir des entrepreneurs scientifiques.»
Malheureusement, martèle M. Sirois, c’est encore loin d’être le cas. «Dans notre système scolaire, si un élève dépasse les autres, on le rabaisse pour dire qu’il est égal. Comment va-t-on bâtir une société tournée vers l’avenir si notre code génétique est fondé là-dessus ?»
L’actuel président du conseil de la Banque CIBC et ancien PDG de Téléglobe a indiqué, pendant son allocution devant les congressistes d’Horizon 2010, que le système québécois de capital de risque est déficient.
Le système québécois est selon lui une copie de celui de la Silicon Valley, qui favorise la liquidation des investissements en 3 à 6 ans. Or, le développement d’une entreprise d’ici peut prendre une dizaine d’années contrairement à ce qui se produit aux États-Unis.
À son avis, les fonds sont mal structurés, trop diversifiés avec 12 à 20 entreprises par fonds. Et on fait peu ou pas de mentorat.
Tout cela détruit de la valeur alors qu’il souhaiterait davantage de développement. «Surtout, ça prend de la vision, de la volonté et de la détermination, indique Charles Sirois. Ça ne vient pas facilement. Ça prend de l’audace et du temps de la part de chacun des acteurs pour développer une économie tournée vers le futur.»
Il dénonce la recherche de rendement rapide. «En rentrant dans l’entreprise, on pense déjà à la façon dont nous allons sortir. C’est ça la mentalité du capital de risque au Québec et au Canada. On vend. C’est très encourageant pour un entrepreneur d’avoir un investisseur qui dit qu’il faut vendre le lendemain matin», ironise M. Sirois.
De plus, les transactions se font au profit de l’étranger. «Nous n’avons pas les entreprises canadiennes pour les acheter. Toute la valeur investie, nous la donnons aux Américains. Beau système !»
Selon Charles Sirois, une piste de solution est de permettre au public d’investir dans des fonds de développement. Un peu comme le régime d’épargne-actions permet de miser sur des entreprises québécoises.
Bien qu’embryonnaire, l’idée lui fait penser à 1999, quand le public s’intéressait énormément à l’investissement. «C’est possible de recréer cela de façon saine.»
Mais pour l’instant, ajoute-t-il, l’intérêt est trop faible. «C’est comme si tout le monde voulait aller au ciel mais que personne ne voulait mourir. Les efforts du gouvernement sont notables mais mal ciblés ou incomplets.»

