Un réseau de contrebande d'alcool juif ?
L'enquête de la police de Montréal sur la contrebande d'alcool par des synagogues juives d'Outremont ne se limite pas seulement à une seule synagogue, mais à tout un réseau de distribution illégal de vins et de divers alcools, selon ce qu'a appris Le Journal de Montréal.
Les enquêteurs du SPVM, qui ont saisi 891 litres de divers alcools devant une synagogue de la rue Lajoie le 17 décembre dernier, sont sur la piste d'un réseau qui implique des fournisseurs, des distributeurs, des transporteurs et des importateurs.
Car les synagogues ne vont pas tout bonnement acheter leurs vins dans les succursales de la Régie des alcools de l'Ontario (RAO-LCBO), l'équivalent ontarien de la SAQ.
Dans la plupart des cas, selon ce que nous avons pu apprendre, les responsables de cette communauté s'approvisionnent chez des commerçants juifs ontariens autorisés à vendre de l'alcool en Ontario, strictement à des fins religieuses.
Le vin vendu par ces distributeurs religieux est réellement moins cher, puisqu'il échappe presque complètement à la structure de prix imposée par la société d'État.
Beaucoup moins cher
«La RAO prélève sur chaque bouteille de vin une marge bénéficiaire de 64 %, en plus d'un montant de 1,62 $ par litre, alors que les vendeurs de vins d'office religieux paient seulement une redevance de 15 % de leurs ventes à la RAO», explique le directeur des communications de la RAO, Chris Layton.
Au Québec, toutes les communautés religieuses, catholiques, orthodoxes ou juives, doivent acheter leurs vins d'office à la SAQ. Il n'existe pas ici de vendeurs autorisés. «Les ministres du culte des communautés reconnues s'approvisionnent directement dans les succursales et ils obtiennent un rabais de 17 %. Ça fonctionne de cette façon depuis des années», explique Linda Bouchard, porte-parole de la SAQ. L'inspecteur Bernard Lamothe, chef de la division des enquêtes sur le crime organisé au SPVM, ne veut pas confirmer à quel endroit la synagogue de la rue Durocher s'est procuré la centaine de caisses de bouteilles d'alcool, mais il souligne que ce n'est pas «nécessairement» dans les succursales de la Régie des alcools de l'Ontario. «Ça fait partie de l'enquête», dit-il.
Les juifs croient avoir le droit
«Nous n'avons pas eu besoin de faire une perquisition dans la synagogue, précise l'inspecteur. Les gens de la synagogue nous ont dit de faire notre travail et qu'eux, de leur côté, feraient valoir leur point de vue légal. Ils jugent avoir le droit d'agir de cette façon. Ils nous ont dit que le vin vendu à la SAQ ne leur convenait pas», a indiqué l'inspecteur Lamothe.
Le SPVM a toutefois requis l'avis de trois organismes, la SAQ, la Cour municipale et le contentieux de la Ville de Montréal. "Les trois nous ont indiqué que c'était contraire aux lois québécoises", at- il dit, n'écartant pas la possibilité que des accusations soient déposées par les procureurs au terme de l'enquête.
* La religion juive, notamment à la Pâque, impose le service de vin (ou d'alcool provenant de la vigne) pendant la cérémonie. Toutefois, dans les alcools saisis, les policiers ont trouvé du schnaps aux pêches, de la liqueur de bananes et d'autres sortes de liqueurs et de spiritueux.
* Même si cela est toléré pour de petites quantités et pour les besoins des particuliers, il est toujours interdit de traverser d'une province à l'autre avec de l'alcool, selon la Loi fédérale sur les boissons enivrantes. «Dans ce cas-ci, on ne parle pas de quelques bouteilles, mais d'une cargaison contenant une centaine de caisses. Ce n'est pas la même chose», souligne l'inspecteur Bernard Lamothe, du SPVM.


