Les détaillants s'en prennent aux émetteurs de cartes
Argent
Les détaillants québécois poursuivent leur combat contre les émetteurs de cartes de crédit et débit. Ils déposent aujourd’hui un mémoire pour critiquer le code de conduite sur les paiements électroniques présenté en novembre dernier par le ministre des Finances Jim Flaherty.
Les commerçants s’opposent depuis longtemps aux frais d’utilisation des cartes de crédit qui ne cessent de croître depuis quelques années particulièrement en raison de la popularité croissante des cartes liées à des programmes de fidélisation comme Bonidollars ou Airmiles.
«Les émetteurs de cartes viennent chercher nos profits dans nos magasins», a illustré Michel Dépatie, propriétaire du supermarché Metro Dépatie à Laval, soulignant que de plus en plus de Québécois paient leur épicerie par carte de crédit.
La Coalition québécoise contre la hausse des frais de transaction par cartes de crédit et débit, un regroupement d’associations d’entreprises dont le Conseil québécois du commerce de détail et l’Association des détaillants en alimentation, a ainsi formulée 10 recommandations pour améliorer le Code de conduite du ministre Flaherty.
Les détaillants souhaitent notamment obtenir un préavis de 90 jours les informant de toute modification des frais de crédit en plus d’avoir la possibilité d’annuler sans pénalité le contrat qui les lie à l’émetteur des cartes.
Les marchands réclament aussi la possibilité d’offrir des rabais aux clients qui ne paient pas avec une carte de crédit. Ils apprécieraient également une plus grande transparence de la part des réseaux de cartes de crédit et débit.
Les marchands doivent verser des frais aux émetteurs de cartes chaque fois qu’un client paie avec sa carte de crédit. Ces frais, qui s’établissent aux environs de 2% de la valeur d’une transaction, ont coûté 136 000$ au marché d’alimentation Metro Dépatie en 2009 alors que les transactions par cartes débit ont totalisé des frais de seulement 10 000$.
Le tiers des transactions enregistrées dans ce supermarché sont payées par cartes débit alors qu’environ 15% des clients acquittent leur facture avec une carte de crédit. La société Visa a à elle seule facturé des frais de 75 000$ à Metro Dépatie en 2009, soit un bond de 50% par rapport à 2007.
La coalition souhaite par ailleurs que les commerçants puissent offrir des rabais selon le mode de paiement pour éviter que les frais des cartes de crédit soient noyés dans l’ensemble des transactions.
«On est obligé de vendre le même prix à tout le monde», a exprimé Luc Harnois, du Groupe Harnois, soulignant que les frais sont encore plus élevés pour les cartes qui proposent des programmes de fidélité. «Certaines cartes à points nous coûtent en haut de 3% en frais», a souligné M. Harnois, déplorant que tous les clients doivent payer pour les cartes de récompenses des plus fortunés.
Visa et Mastercard mécontents
Les géants du crédit comme Visa et Mastercard critiquent également le Code de conduite du gouvernement fédéral. Ils estiment que les règles sont trop en faveur des marchands et des consommateurs.
Les mesures entourant les cartes de débit agacent aussi les émetteurs de cartes de crédit. Visa et Mastercard ont décidé de se lancer dans les cartes débit pour concurrencer Interac mais leur venue risque d’entraîner une hausse des frais facturés aux détaillants.
À cet effet, Visa dénonce que le Code du ministre Flaherty permette aux commerçants de choisir quel réseau de paiement par débit sera utilisé, Interac, Visa ou Mastercard.
Les paiements électroniques touchent 76% des transactions enregistrées chaque année au pays. Le gouvernement fédéral a proposé en novembre une série de pratiques commerciales équitables pour que les commerçants et les consommateurs comprennent bien les coûts et les avantages associés aux cartes de crédit et de débit.
Ottawa a proposé que les commerçants soient pleinement informés des coûts associés à l’acceptation des paiements par cartes de crédit ou débit.
Les normes développées par le gouvernement suggèrent également d’attribuer une marge de manœuvre plus élevée aux commerçants en matière de tarification pour qu’ils puisent encourager leurs clients à choisir le mode de paiement le plus avantageux. Ottawa souhaite aussi que les détaillants aient la liberté de déterminer les options de paiement qu’ils acceptent dans leurs établissements


