Les taxes sur le tabac toucheraient surtout la contrebande
Michel Munger
Argent
Les dépanneurs n'en démordent pas: à leur avis, une taxe sur le tabac ne freine pas le tabagisme.
Cette fois, ils ont en main un rapport effectué par HEC Montréal pour le compte de l'Association canadienne des dépanneurs en alimentation (ACDA).
Rédigé par Jean-François Ouellet, professeur agrégé, le rapport affirme à partir des données de l'Enquête sur le tabagisme 1994-1995 de Statistique Canada que la consommation ne change pas avec les taxes.
En février 1994, une diminution des taxes sur le tabac entrait en vigueur dans plusieurs provinces pour s'attaquer à la contrebande. Les ventes de 49,41 milliards de cigarettes en 1993, incluant la contrebande, ont progressé 54,69 milliards en 1994.
La grande variation se trouve dans la proportion des ventes provenant de la contrebande. Elle est passée de 29% en 1993 à 8% en 1994.
Le chercheur indique qu'«on y constate que là où les taxes ont baissé, plus de citoyens sont passés du statut de non fumeur à fumeur occasionnel. Il est toutefois à noter que cette différence, bien que statistiquement significative, demeure très faible dans l’absolu.»
De plus, il dit que les effets sur la santé ont été cités comme raison par ceux qui ont arrêté de fumer dans plus ou moins 35% des cas à différents moments. Le coût était cité dans environ 10% des cas.
«Aucune tendance nette ne semble se dessiner, écrit le professeur, et la taille importante de l’échantillon ainsi que la qualité de la méthodologie mise en place par Statistique Canada ne permet pas de croire qu’un biais méthodologique ou statistique puisse expliquer ce manque de significativité statistique.»
«En d’autres termes, ajoute M. Ouellet, le hasard semble aussi bon à déterminer si un Canadien modifiera son comportement de tabagisme que la réduction d’une taxe sur le tabac. Qui plus est, l’absence de différences est constatée autant sur l’échantillon en général que chez les plus jeunes répondants.»
Le chercheur avance que la dépendance envers le produit peut faire en sorte que le consommateur est davantage prêt à payer plus cher... ou à acheter un produit illégal qu'à arrêter.
Il invite les gouvernements à investir dans la conscientisation au lieu d'imposer des taxes. «Les résultats de la recherche réalisée par Statistique Canada suggèrent que la piste la plus efficace pour inciter les Canadiens à réduire leur tabagisme, voire à ne jamais commencer, consiste dans l’éducation quant aux effets indésirables du tabac sur leur santé actuelle et future.»
C'est de la musique aux oreilles de Michel Gadbois, vice-président de l'ACDA. «Qu'on arrête de prétendre que la réduction des taxes excessives sur le tabac encouragerait les gens à fumer : c'est totalement faux. Ce qu'elles permettent d'accomplir, en revanche, c'est d'éliminer la contrebande de tabac, de redonner le contrôle du marché aux gouvernements et de limiter l'accès du tabac aux jeunes, et c'est cela qu'on veut».

