Confidences d’une entrepreneure : Terrible secret ?
« Chut !!! N’en parle surtout pas, car tu risques de te faire voler ton idée ! », me répétaient bien des gens de mon entourage lorsque je leur disais être en possession d’un concept assez original. Quelque chose d’innovateur et qui, à mon grand bonheur, ne semblait pas exister. Malgré les nombreuses mises en garde, je ne les ai pas écoutés. Vous voulez savoir ce qui m’est arrivé ?
Cela faisait un bon moment que cette idée d’affaires germait dans ma tête d’entrepreneur. Le concept avait eu le temps de prendre forme, d’évoluer et de se bonifier. J’avais même réussi à rencontrer les principaux acteurs stratégiques de l’industrie. Malheureusement, après plusieurs tentatives, rien ne semblait vouloir décoller. Je venais même de perdre un collaborateur qui s’était, au fil des démarches, quelque peu désintéressé du projet. Il faut dire que je m’adressais à un secteur très convoité où les nouveaux joueurs n’étaient pas toujours pris très au sérieux. À un moment donné, j’avoue avoir songé mettre le tout au rancart. Au point où j’en étais rendu, il aurait été assurément légitime d’abandonner. Mais, malgré les refus, mon projet continuait toujours de me faire vibrer et de m’habiter pleinement.
Tous les chemins mènent à Rome…
Puis un jour, je me suis retrouvée sur la chaise d’une sympathique maquilleuse. On m’avait convoquée à une entrevue télé à la station où elle travaillait. Je fis connaissance avec cette professionnelle de l’industrie. On parlait de tout et de rien. On échangeait sur notre vécu, nos expériences, nos joies et nos peines. La conversation battait son plein. Me sentant en pleine confiance, je pris la décision de lui partager spontanément ma superbe idée de concept télé.
Peu après, je reçus un message dans ma boîte de courriels. Surprise. Grâce à elle, son directeur avait accepté de me rencontrer. Trente minutes auront suffi pour que je dévoile à ce dirigeant, et ce dans les moindres détails, tout mon concept. Oups, j’avais vraiment tout dit. « C’est intéressant, je vais voir ce que je peux faire avec la haute direction », m’avait-il dit avant de quitter le restaurant avec mon idée.
Deux semaines plus tard, on me donna rendez-vous avec le grand directeur général du réseau de télévision en question. Candidement, je fis à nouveau, et sans aucune retenu, la présentation entière de mon précieux concept. On me remercia poliment et je dus quitter, mon temps de rencontre étant écoulé.
Puis, les nouvelles tardèrent à venir. « Ils t’ont sûrement piqué ton idée, il paraît que ce n’est pas rare que ça arrive dans cette industrie… », m’avait-on raconté avec un sourire en coin. Il est vrai que j’avais déjà entendu certaines histoires d’horreur. Mais j’avais pris un risque. Celui de ne pas retarder le processus en exigeant la signature d’une entente de confidentialité. Ce qui m’avait permis de sauter une étape importante et de participer ainsi plus rapidement et activement aux diverses rencontres.
De toute évidence, je n’avais pas eu recours à un raisonnement bien cartésien pour agir de la sorte.
N’est-ce pas terrible d’exposer ouvertement une précieuse idée originale en y dévoilant tous ses secrets sans la protéger ?
Morale de l’histoire ?
Aujourd’hui, lorsque je regarde avec fierté mon concept télé prendre l’affiche du petit écran, voici ce que je réalise.
Parfois, il est plus terrible de garder bien secret un projet qui nous passionne que de l’exposer ouvertement sans en protéger la confidentialité.
Garder bien secret et sans relâche une idée assure qu’on ne la verra peut-être jamais rayonner. Risquer de la présenter sans la protéger, lorsque l’intuition et les circonstances nous dictent de le faire, peut, dans certains cas, générer des résultats agréablement surprenants.
Et vous, quels secrets gardez-vous ?
Une tribune pour vous !
Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos inquiétudes, vos succès, etc. Vos courriels sont nombreux et vos histoires m’intéressent toujours. anne.marcotte@vivemtia.ca

