Médias : 2009 année de changements… que nous réserve 2010?
Katia Germain
Argent
L’an 2009, l’année où les modèles d’affaires frappèrent un mur et où s’amorça une grande restructuration dans le secteur des communications. L’an 2010, l’année qui devrait venir nous dire si ce remodelage peut prendre une pause, où si plus est à venir.
Multiplication des plates-formes médiatiques, fragmentation du marché et des possibilités publicitaires, ralentissement économique, l’année 2009 aura été l’une des pires qu’ait connues l’industrie.
Le secteur des journaux a été particulièrement touché. Dès les premiers jours de l’année, Quebecor a donné le coup d’envoi en décrétant un lock-out au Journal de Montréal, un conflit qui perdure encore aujourd’hui.
L’événement n’était pas sans être attendu, après que le Journal de Québec, son quotidien jumeau, soit sorti d’un conflit de travail de près de 14 mois, terminé en 2008. Il s'agit du plus long conflit de travail dans un quotidien de langue française au Canada. Sera-t-il détrôné en 2010 par le lock-out au Journal de Montréal?
D’autres événements moins attendus allaient cependant suivre dans les mois suivant, alors que l’industrie des journaux allait voir ses revenus publicitaires fondre comme neige au soleil.
The Globe and Mail, le plus influent quotidien au Canada, allait régler avec ses salariés à minuit moins cinq, ceux-ci ayant accepté le gel de leurs salaires pour les deux prochaines années et l’introduction d’un régime de retraite à deux vitesses. Le Toronto Star allait lui aussi sabrer dans ses coûts.
Au Québec, le quotidien La Presse allait mettre fin à la publication de son édition du dimanche, à la recherche d’économies annuelles de 26 M$ et annonçait à ses salariés qu’ils allaient devoir renoncer à leur semaine de quatre jours de travail, à défaut de quoi la publication pourrait fermer.
Après qu’un règlement fut intervenu en dernière heure, c’est maintenant au tour des autres quotidiens du groupe Gesca, dont Le Soleil de Québec, d’amorcer des discussions pour le renouvellement de leurs conventions collectives et les façons de faire pour l’avenir.
À plus petite échelle, le groupe Transcontinental devait lui aussi restructurer ses publications.
Au cours de 2009, l’industrie des journaux a vu ses revenus publicitaires reculer de près de 30% jusqu’à maintenant. Les revenus publicitaires en ligne ont pour leur part chuté de près de 15%. Alors que l’économie donne des signes de reprise, les observateurs ont de la difficulté à départager ce qu’il faut attribuer au séculaire et au cyclique.
Certains analystes prévoient qu’en 2010, les recettes du secteur devraient rebondir légèrement. Mais tous n’en sont pas convaincus.
La télé à l’heure des bouleversements
Il n’y a pas que le papier qui ait été frappé de plein fouet en cours d’année. La télévision vit elle aussi une crise historique, alors que la multiplication des chaînes spécialisées et les développements d’Internet morcellent l’auditoire et les revenus publicitaires.
CanWest, propriétaire de la chaîne Global, a notamment dû recourir à la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers. CTV, le plus important diffuseur privé au pays, a pour sa part annoncé la fermeture de plusieurs stations régionales et, à des audiences devant le CRTC, a évoqué la possibilité de fermer d’autres stations et même le réseau au complet.
Même Radio-Canada, avec un manque à gagner de 171 M$, a dû y aller d’importantes compressions pour réussir à équilibrer son budget.
C’est tout un bras de fer qui se déroule actuellement devant l’organisme réglementaire fédéral, alors que la télévision généraliste tente d’obtenir des câblodistributeurs une compensation pour son signal. Ceux-ci s’y opposent, indiquant qu’ils devront faire passer la facture aux consommateurs (ce qui les empêchera à leur tour de hausser les tarifs de distribution).
Au Québec, l’avenir de la nouvelle chaîne de télévision V, récupérée par les frères Maxime et Julien Rémillard, pourrait bien être lié à la décision que rendra le CRTC.
La réponse quelque part en 2010…


