Confidences d’une entrepreneure : Repartir à zéro
Chroniqueur Argent
Je venais de quitter l’entreprise que j’avais bâtie à la sueur de mon front. Dix ans de labeur et d’acharnement nous avaient guidés, mes associés et moi, vers un partenaire d’affaires qui en avait fait l’acquisition. Le matin suivant mon départ figura parmi les pires moments que j’ai vécus. Qui étais-je devenue ?
J’étais complètement déboussolée. Perdue. Sur le coin de ma table de cuisine, je ne me reconnaissais plus. Il était huit heures du matin et j’étais toujours en pyjama. Moi qu’on retrouvait toujours dans un bureau à cette heure-là. Je me cherchais littéralement. Mais en même temps, j’avais comme l’impression de lutter contre quelque chose de très fort qui continuait de m’habiter sans en comprendre réellement toute la portée.
Sans carte d’affaires pour m’identifier, je ne savais plus comment me présenter dans la communauté. Au bout de quelques mois, j’ai commencé à en entendre de toutes les couleurs. « Ce que tu as fait est derrière toi chère Anne, c’est du passé tout ça! », m’avait-on lancé avec une certaine forme de mépris. Puis les mots tant redoutés finirent par résonner dans mon entourage : « T’es une has been maintenant ! ».
« Une has been ? Voyons, j’ai juste 38 ans ! », avais-je répondu, la voix remplie d’émotion. Frappée de plein fouet, je me souviens avoir nerveusement fait quelques recherches sur Internet espérant trouver une définition qui aurait pu m’encourager ou m’éloigner de mes propres préjugés et croyances envers cette expression populaire. Horreur. Les définitions s’enlignaient toutes dans la même direction. Tout était écrit au passé.
-Expression anglaise qui signifie « qui a été »; -Qui « est dépassé » en parlant de quelqu’un qui a connu une quelconque forme de succès ou un cheminement professionnel inspirant; -Se dit d’une personne dont la notoriété appartient au passé.
Comment pouvais-je maintenant entrevoir mon avenir, au présent, avec une étiquette du passé ?
Miroir, miroir, dit-moi…
Quelques jours plus tard, et encore sous le choc, je me souviens être restée longtemps devant le miroir de ma salle de bains. C’est comme si je cherchais à voir autre chose que mon visage. Soudain, mon cœur s’emballa. Le reflet de la glace me présentait toujours et encore une entrepreneure, non ?
Excitée et remplie d’enthousiasme, je me suis mise à crier, haut et fort, et à tous ceux qui voulaient bien l’entendre, que j’allais repartir à nouveau en affaires. « Ben voyons, tu crois vraiment que tu vas reproduire ce que tu as déjà réalisé ? », m’avait-on dit comme si je ne comprenais pas le défi que je venais de me lancer.
À l’aide de plusieurs exemples, on m’expliqua qu’il était beaucoup plus difficile pour un entrepreneur, qui avait bâti une première entreprise, de se relancer en affaires. Et que peu importe le passé, on doit toujours repartir à zéro lorsqu’on veut démarrer quelque chose de nouveau.
Finalement…
Je réalise aujourd’hui qu’il aurait été effectivement bien plus facile et moins compliqué pour moi que j’accepte l’étiquette qu’on m’avait collé après la vente de ma première compagnie. D’autant plus que j’aurais assurément fini par me consoler en me disant que j’aime mieux être une has been qu’une never has been…
Mais, malgré la quantité exceptionnelle (et sous-estimée) d’audace, d’acharnement, de travail et de persévérance que cette nouvelle aventure entrepreneuriale exige chaque jour, l’expérience réussit à étancher pleinement mon désir de bâtir et mon besoin de me surpasser. Encore plus, lorsqu’on me dit que je n’y arriverai pas !
Et vous, quels choix faites-vous pour votre avenir ?
Une tribune pour vous !
Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos inquiétudes, vos succès, etc. Vos courriels sont nombreux et vos histoires m’intéressent toujours. anne.marcotte@vivemtia.ca

