Exclusif : un conseiller financier aurait fait perdre 1,5 M$
Katia Germain
Annie Dufour
Argent
M. Longpré était affilié à Investia Services financiers, une filiale de l’Industrielle Alliance. La plupart de ses clients avaient établi une relation de confiance avec lui depuis plus de 20 ans. Il aurait profité de son statut pour convaincre les présumées victimes de lui consentir des prêts personnels en échange de rendements alléchants.
Selon les témoignages recueillis par Argent, certaines présumées victimes avaient d’abord investi leur argent auprès d’Investia, et ont ensuite été incitées à transférer une partie importante de leurs fonds à M. Longpré.
Enquête en cours
Le conseiller financier était inscrit auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF) jusqu’à ce qu’il déclare faillite, le 24 novembre dernier. Le dossier de M. Longpré contenait certaines irrégularités et le syndic de faillite Pierre Fortin nous confirme avoir alerté l’AMF qui, selon les sources d’Argent, a ouvert une enquête. L’organisme n’a pas voulu confirmer ni infirmer cette information.
Des investisseurs ont aussi indiqué avoir été contactés par un inspecteur financier de la Chambre de la sécurité financière. Les appels auraient été logés mardi et mercredi. La Chambre refuse elle aussi de confirmer qu’une enquête est en cours.
Des présumées victimes sous le choc
Daniel Auclair, un résident de Saint-Jean-sur-Richelieu, a peine à croire ce qui lui arrive. Sa femme est décédée l’an dernier. Après avoir été informé de cette nouvelle, M. Longpré aurait fortement suggéré à M. Auclair de lui confier personnellement l’argent que sa conjointe avait investi auprès d’Investia. Il dit avoir perdu plus de 34 000$. «Ça faisait 25 ans que je faisais confiance à ce monsieur. Après la mort de ma femme, il m’a dit : "Je vais te donner un coup de main pour ta retraite. Ce sera plus avantageux qu’à la banque". Je devais prendre ma retraite bientôt. Ma fille de 16 ans veut aller à l’université. Je vais peut-être devoir travailler encore un peu…», a-t-il indiqué à Argent.
Une autre présumée victime, qui souhaite préserver l’anonymat, voyait M. Longpré comme un ami. «Je le connaissais depuis une vingtaine d’années. C’était un bon ami. Je ne peux pas croire qu’il a agi de cette façon là. Il venait souvent chez moi. Lorsqu’il allait à la chasse, il me ramenait de la viande, des bouteilles de vin… Quand la bourse a commencé à chuter il a dit "change tes actions… donne-moi cet argent. Je suis équipé avec de la fine technologie. J’achète le pétrole et le revend à profit!", dit l’homme qui lui a confié son argent il y a une dizaine d’années.
«Plus ça allait, plus il m’en faisait changer. Il aurait pu me vider au complet. Il a commencé à me parler de convertir mes REER. À la fin, je commençais à avoir des doutes!», ajoute celui qui DIT avoir perdu plus de 84 000$.
Une résidente de Saint-Jean-sur-Richelieu et son fils ont prêté plus de 100 000$ à M. Longpré. Ils ne savent pas s’ils pourront un jour revoir la couleur de leur argent. «Au lieu d’investir dans des REER, on lui faisait un prêt personnel. Il nous disait qu’on pouvait obtenir un bon taux d’intérêt. Ça fait plus de 20 ans que je le connais. Il vendait de l’assurance au début. C’était comme un ami. Il venait à la maison. Les rendements ont toujours été là… entre 6 et 7%», confie-t-elle.
Indemnisation en vue?
Les présumées victimes seront-elles indemnisées par le fonds d’indemnisation des services financiers administré par l’AMF? Il faudra voir les conclusions de l’enquête. M. Longpré était autorisé à exercer ses activités en vertu de la loi. Le site Internet de l’AMF précise toutefois que prêter de l'argent est un risque d'affaires qu'il faut savoir mesurer. L’organisme présente d’ailleurs un exemple d’un cas non indemnisable : «François a prêté de l'argent à son représentant qui lui a dit être sur une "bonne affaire" et lui a promis qu'il le rembourserait en lui versant des intérêts. Maintenant, il lui dit qu'il est incapable de le rembourser. Est-ce que François peut être indemnisé par l'Autorité? Non.»
M. Longpré collabore avec le syndic et a l’intention d’être présent à l’assemblée des créanciers qui aura lieu le 15 décembre, indique M. Fortin. D’autres présumées victimes pourraient se manifester. Le conseiller financier n’a déclaré aucun actif outre le produit généré par l’aliénation des fonds qu’il gérait par l’intermédiaire d’Investia. Cette vente a été effectuée à une conseillère dûment inscrite auprès de l’AMF pour 50 264$. L’entièreté de cette somme a été remise au syndic. L’Industrielle Alliance dit avoir commencé à investiguer. Pour l’instant, aucune irrégularité n’a été constatée dans les fonds Investia.
«Il semble que M. Longpré a mené des activités parallèles à celles qu’il exerçait comme représentant d’Investia. Ce type d’activité est formellement interdit par le code de conduite d’Investia», a indiqué le porte-parole de l’Industrielle Alliance, Jacques Carrière.
Richard Longpré a révélé dans ses documents de faillite qu’il quittait le pays pour aller habiter en France. Contacté par le syndic à la demande d’Argent, le conseiller financier n’a pas voulu accorder d’entrevue.

