Procès Norbourg: Fragasso détruit par Lacroix
L'ex-pdg de Norbourg, Vincent Lacroix, n'a pas dupé que des investisseurs, il a aussi détruit des carrières de ses anciens employés.
« Ma vie est ruinée et celle de ma famille aussi. Je vais probablement devoir déménager en Ontario parce que c'est fini pour moi au Québec », a lancé Michel Fragasso, les yeux pleins d'eau à la sortie du tribunal, hier.
L'ancien patron des fonds Évolutions, qui appartenaient à la Caisse de dépôt et placement du Québec, avant d'être achetés par Lacroix en décembre 2003, témoignait dans le cadre du procès des cinq présumés complices dans l'affaire Norbourg.
Cette ancienne sommité en finance assure qu'il paye encore le prix de son association avec Lacroix. Aujourd'hui travailleur autonome, M. Fragasso affirme qu'il ne voulait pas vendre à Lacroix « car sa firme était trop petite » pour acquérir une entreprise dont les actifs voisinaient les 150 millions $.
Les dirigeants de la Caisse l'ont alors tassé de son poste de directeur général et remplacé par Marie Desroches (maintenant à l'emploi des Valeurs mobilières Desjardins) pour que la transaction de 6 millions $ avec Lacroix ait lieu.
« Henri-Paul Rousseau (l'ex-président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec) disait que l'on devait se débarrasser de Capital Teraxis, devenus les fonds Évolutions », a déclaré celui qui a refusé d'élaborer davantage sur l'implication de M. Rousseau dans ce dossier.
Michel Fragasso a tout de même dû reconnaître qu'il n'était pas blanc comme neige dans toute cette histoire. L'homme de 58 ans a accepté de se joindre à l'équipe de Lacroix au début de 2004. Ce qui lui a permis de toucher un salaire annuel de 140000 $ avec un compte de dépenses de 3000 $ par mois et un boni de signature de 150000 $, « à condition que les représentants de la compagnie demeurent avec nous ».
Il rencontrait Lacroix de deux à trois fois par semaine. « J'étais une encyclopédie. Il voulait savoir comment fonctionnait telle compagnie et qui étaient les gens qui les administraient. J'ai rencontré des dizaines de patrons de compagnies qui intéressaient Norbourg », a indiqué celui qui a présidé des conseils d'administration de fonds au Québec, au Canada et dans le monde.
Boni de 150 000 $
Cet ancien président du conseil d'administration du Mouvement des caisses Desjardins a également reçu un autre chèque de 150 000 $ comme boni pour ses performances.
« Le boni était de 40 000 $, mais Vincent m'a dit qu'il était bien satisfait de moi et m'a offert 150 000 $. Je suis resté surpris au début et je l'ai accepté. Avec du recul, je n'aurais pas dû l'accepter », a-t-il dit en précisant qu'il ne s'est jamais douté que cet argent était en réalité celui des investisseurs arnaqués.
C'est alors que le témoin a expliqué que Lacroix lui avait demandé de créer une compagnie pour recevoir cet argent. « Vincent m'a dit que c'était la façon de procéder avec la plupart de ses collaborateurs. J'ai alors formé ma propre compagnie ».


