Perte colossale pour la Caisse en immobilier à Londres
Michel Munger
Argent
La Caisse de dépôt et placement du Québec a perdu environ 462 M$ sur un prêt adossé à des propriétés immobilières londoniennes du milliardaire d'origine syrienne Simon Halabi.
Citant deux sources anonymes, l'agence Bloomberg affirme que la valeur des propriétés s'est écrasée de 50%.
La Caisse détient la part minoritaire d'un prêt de 1,45 milliard de livres adossé à neuf édifices à bureaux de Simon Halabi, à Londres. La part majoritaire a été convertie en papier commercial adossé à des actifs en 2006. Ceux qui détiennent ces titres sont les créanciers prioritaires si la dette est remboursée.
Les paiements d'intérêts pour le prêteur «junior» ont cessé le 15 juillet alors que la part majoritaire était due pour un remboursement, a déjà indiqué le groupe immobilier CB Richard Ellis. À l'heure actuelle, il est impossible de refinancer le prêt. Les propriétés risquent d'être revendues.
C'est la filiale Otéra Capital qui gère ce dossier pour la Caisse. François Gaboury, directeur des communications, confirme que la Caisse a déjà comptabilisé les pertes en annonçant des baisses de valeur de 4 G$ en immobilier le 11 août.
«Les provisions avaient déjà été prises, dit M. Gaboury. Ce n'est pas quelque chose qui se rajoute à l'annonce du 11 août. Je n'ai pas fait le calcul au niveau du taux de change mais je peux confirmer l'importance du montant. C'est toutefois une perte non réalisée. Notre objectif évident est de pouvoir récupérer quelque chose.»
Des temps difficiles
Il faut savoir que l'immobilier commercial du Royaume-Uni a été lourdement puni par la crise qui a sévi dans le secteur depuis 2007. Les prix ont chuté de 44% depuis le sommet de 2007, selon la firme Investment Property Databank. Et environ 230 milliards de livres de prêts sont présentement adossés à des propriétés commerciales, selon De Montfort University à Leicester.
C'est dans ce cadre que Simon Halabi s'est trouvé en défaut de paiement le 19 juin sur 1,15 milliard de livres en titres adossés à l'immobilier. Parmi les propriétés concernées chez Simon Halabi, l'on compte les bureaux de la banque d'affaires JPMorgan Chase à 125 London Wall et au 60 Victoria Embankment. Leur valeur initiale de 1,8 milliard de livres a fondu à 929 millions.
Le problème pour les prêteurs, comme pour les clients, c'est que de telles chutes de prix font en sorte que les propriétés valent moins que les dettes encourues pour les acquérir. Peu importe le prix de vente, la liquidation des actifs ne sera pas très payante même pour ceux dont la créance est garantie.
«Votre lecture du marché est aussi bonne que la mienne, réagit M. Gaboury. Il est difficile de prévoir ce qui va se produire dans un mois, deux mois ou trois mois. Je n'ai pas de détails sur ce qui arrivera et ce n'est pas quelque chose que nous dévoilons quand des transactions sont en cours.»
Les difficultés ne sont pas terminées pour les prêteurs. Selon la firme de notation de crédit Realpoint, environ 3,5% des titres adossés à de l'immobilier commercial font l'objet de défauts de paiement depuis un an. Le taux pourrait grimper jusqu'à 6% d'ici la fin de l'année.


