Les entreprises prêtes à affronter la grippe H1N1 ?
Michel Munger
Argent
Le risque associé à la grippe A (H1N1) ne peut être négligé, disait le Conference Board il y a quelques jours, s'inquiétant de la préparation des entreprises pour l'automne. Les grands noms de Québec Inc, eux, jurent avoir des plans pour affronter le virus.
Si la recrudescence de cette grippe a vraiment lieu lors de la saison habituelle de la grippe, certaines grandes entreprises disent avoir déjà appris à composer avec le virus il y a quelques mois.
C'est le cas chez Hydro-Québec. Louis-Olivier Batty, porte-parole de la société d'État, rappelle qu'«au printemps, il y a eu un épisode de cette grippe et Hydro a activé son plan d'urgence de risque biologique. Ce plan s'est développé notamment à l'époque de la grippe aviaire. Nous avons appris de cette expérience et nous sommes prêts pour l'automne.»
Les interventions chez Hydro s'ajustent en fonction notamment des critères de l'Organisation mondiale de la santé.
«Ce qui a contribué à limiter le nombre de cas ou à aider ceux qui ont été touchés, c'était l'autoexclusion, dit M. Batty. La directive est claire: si vous avez une fièvre de plus de 38 degrés accompagnée de maux de gorge ou nausées, restez à la maison. C'est la même chose si un proche est affecté. Nous avons des centres de santé et des médecins prêts à répondre aux questions.»
«L'idée était de ne pas laisser rentrer au travail des gens pouvant être touchés, ajoute le porte-parole. Demandons aux gens de vérifier s'ils sont vraiment atteints par cette grippe ou par une autre maladie, en délimitant à cinq jours la période de risque. Nous avons eu quelques cas et les gens ont bien adhéré à nos mesures. Le message était clair pour tout le monde. Avant, nous faisions davantage du triage sur place mais l'autoexclusion est plus efficace.»
Certaines compagnies vivent des situations plus épineuses. La continuité de leurs activités est cruciale pour l'économie à l'échelle canadienne, mais encore faut-ils qu'elles protègent leurs travailleurs.
Bell Canada, qui dit traiter 90% des transactions bancaires, en fait partie.
«Nous travaillons sur notre plan depuis deux ans, indique Jacques Bouchard, responsable des relations avec les médias. Il a été mis à jour et nous avons mis en vigueur certaines mesures concrètes ce printemps.»
Certaines méthodes ont déjà été mises à l'épreuve même s'il n'y avait pas de réel danger. «Nous avons récemment eu une fausse alerte, le doute pesant sur la santé de deux employés. Le gestionnaire leur a demandé de quitter les lieux et nous avons fait désinfecter l'étage.»
Isabelle Ducas, directrice des communications du manufacturier Bombardier, fait part d'une stratégie de prévention passablement agressive. Avec raison, car certaines de ses usines concentrent des milliers de travailleurs en un seul lieu.
«Si les gens sont en contact avec des personnes malades, il y a une forme de quarantaine de sept à dix jours avant que les employés puissent revenir, dit Mme Ducas. Chaque année, il y a une campagne de vaccination et cette année, ça aura lieu à l'automne comme d'habitude mais nous avons prévu davantage de stocks de vaccins.»
Étant donné leur rôle central pour le bon fonctionnement de l'économie, les institutions financières font de la planification elles aussi afin de gérer le risque grippal.
Chez Desjardins, ce travail a même précédé la crise de la grippe aviaire en 2003. «Comme institution financière, nous sommes réglementés et la préparation en cas de sinistre fait partie des choses que nous sommes tenus de faire et de mettre à jour sur une base régulière», souligne la porte-parole Hélène Lavoie.
Le mouvement coopératif dit avoir redéfini ses interventions selon les niveaux d'alerte de l'OMS et selon les critères suggérés par l'Autorité des marchés financiers.
De façon concrète, illustre Mme Lavoie, «nous avons insisté sur l'utilisation de produits antibactériens qui sont présents à divers endroits stratégiques. Nous donnons des conférences aux employés, nous effectuons des communications par l'entremise de nos réseaux internes. Dans une situation de pandémie, nous renforçons nos mesures.»
À titre de dernier exemple, la Banque Nationale dit avoir un plan de continuité des affaires et demander à ses fournisseurs d'être prêts à réagir, peu importe le contexte.
«Chaque unité d'affaires a son propre plan, dit Denis Dubé, porte-parole de la banque. C'est bien structuré avec une cellule de crise qui peut gérer les situations. Des activités sont jugées plus critiques que d'autres. Si la situation devenait plus grave, certaines s'arrêteraient mais d'autres se poursuivraient pour des raisons de sécurité financière.»
«Il faut pouvoir répondre aux besoins de nos clients, tant particuliers que commerciaux, en assurant la santé des employés, poursuit M. Dubé. Quand la grippe H1N1 est arrivée au printemps, nous avons fait de la sensibilisation et toutes les mesures requises sont déjà en place. Par exemple, nous avons mis du savon antibactérien à disposition des employés un peu partout dans nos bureaux.»
Toutefois, selon le Conference Board, le noyau du problème en matière de prévention se trouve du côté des PME. En effet celles-ci ne sont pas toujours dotées des départements de ressources humaines ou de santé des grandes entreprises. Aussi, rares sont celles ayant les moyens de demander à plusieurs employés de s'absenter du bureau.
Au Québec, c'est le ministère du Développement économique qui coordonne les efforts avec les entreprises. Véronique Lamarre, conseillère en communication, indique que le gouvernement a publié un guide de continuité des opérations et rend disponibles des conseillers régionaux.
Quant au niveau de préparation, Québec se veut prudent dans ses commentaires.
«Nous ne pouvons parler au nom des entreprises, mais elles savent qu'elles ont notre entière collaboration et que du matériel et du support sont disponibles pour les aider à atteindre leurs objectifs», dit Véronique Lamarre.



