Le vendredi 10 février 2012

Il y a un an, la Bourse frôlait l'abîme

9 mars 2010 | 12h29
 

Michel Munger
Argent

L’anniversaire est quelque peu sombre mais les marchés peuvent tout de même le célébrer : il y a un an, les Bourses se trouvaient à un creux depuis le début de la crise financière.

Il y a un an, ce genre d'expression était plus courante au New York Stock Exchange. Photo: Associated Press

Le 9 mars 2009, le S&P/TSX de la Bourse de Toronto terminait la séance à 7566,94 points. Depuis, il a gagné près de 58%, l’indice se trouvant à 11 931 points mardi matin.

Certains sous-secteurs ont connu de grands rebonds. Celui des sociétés financières a gagné 95% depuis un an, suivi des technologies de l’information avec une hausse de 79%.

Les entreprises de services ont généré «seulement» 30% alors que la consommation de base a ramené… 13%.

Du côté des États-Unis, l’indice le plus élargi, soit le S&P 500, avait terminé la séance de 676,53 points il y a un an. Depuis, il a repris près de 69% pour se situer à 1140,26 points mardi matin.

Les chiffres sont certes impressionnants, surtout si un investisseur a acheté au moment où plusieurs n’osaient pas tremper un orteil dans le marché.

Gabriel Lancry, gestionnaire de portefeuille associé en Gestion du patrimoine chez Scotia McLeod, rappelle qu’il y a un an, un sentiment de catastrophe prévalait.

«On était dans la cave et le plancher n’était pas solide, se souvient-il. On le sentait. À l’époque, on ne parlait pas de récession. On était passé à l’autre stade, celui de la dépression. C’était le scénario le plus noir, soit celui d’une dépression systémique. Tous les pays du monde allaient être touchés. Les banques tombaient malgré le plan Paulson [de sauvetage bancaire] qui avait donné beaucoup d’espoir.»

Une certaine forme de zizanie empêchait les investisseurs de savoir quand la crise se terminerait, ce qui menait les marchés vers l’abîme.

«Nous savions que les braises étaient encore ardentes, donc le marché ne savait pas comment interpréter toutes les données, précise M. Lancry. Il y avait énormément de choses nouvelles. Que des banques d’affaires qui existent depuis près d’un siècle tombaient en faillite, que des pays souverains comme l’Islande étaient menacés… Avec l’Occident par terre et les banques en difficulté, on avait beaucoup de difficulté à mesurer quels seraient les impacts de ces prêts et swaps qui tombaient au champ d’honneur.»

Mais pourquoi une solide remontée s’est-elle amorcée le 9 mars 2009 ?

«Le marché a vu que des gestes ont été posés de façon assez concertée par les États-Unis, la communauté européenne et la Chine, souligne Gabriel Lancry. Ils ont pris des engagements pour que ce ne soit pas la fin du monde. Les gens se sont dit qu’en fin de compte, ça va aller et il faut reprendre des positions. Là, les prix des matières premières ont commencé à flamber. La Chine prévoyait encore une croissance de 9% qu’elle voulait mieux contrôler.»

Michel Nadeau, collaborateur chez Argent, indique qu’il connaît bien des gens qui ont été tellement marqués par la crise boursière qu’ils raté le rebond.

«Ce qui me fait de la peine, dit-il, c’est de repenser à des amis qui me disaient ne plus croire à la Bourse après 2008. Qui ont tout vendu pour avoir de l’argent liquide ou des obligations. Je me dis qu’il ne faut jamais quitter un marché. Ils ont raté une appréciation qui ne fait pas la manchette. On n’en parle pas quand la Bourse monte de 5% dans une journée.»

«Les malheureux qui ont vendu en janvier et février 2009 doivent se mordre les doigts aujourd’hui», poursuit M. Nadeau.

Maintenant, des gestionnaires comme Gabriel Lancry, de Scotia McLeod, se disent optimistes car les grands manufacturiers américains rappellent des travailleurs et les ventes de feu sont terminées en immobilier. Toutefois, il faut créer de l’emploi et faciliter desserrer le crédit.

Ils se veulent donc prudents quant à leurs choix. «Tous les investisseurs participent au marché mais tout le monde a un œil sur la sortie de secours. Mais nous avons une certaine confiance.»

M. Lancry dit présentement privilégier une stratégie cyclique avec les ressources naturelles, les fertilisants, les industries et les technologies.

Les plus populaires