Madoff condamné à 150 ans de prison
En vidéo, écoutez les commentaires de Me Robert La Haye, criminaliste, et de Michel Nadeau, analyste pour Argent.
Voyez la chronique de Pierre Duhamel sur son blogue
Mathieu Lavallée
Argent et
ASSOCIATED PRESS
Le courtier déchu Bernard Madoff a été condamné à 150 ans de prison relativement à la gigantesque escroquerie financière de plusieurs milliards de dollars pour laquelle il a plaidé coupable en mars dernier.
La sentence a été prononcée ce lundi par le juge fédéral Denny Chin à New York. C’est par des applaudissements que les gens entassés dans la salle d’audience ont accueilli le jugement. Un peu plus tôt, M. Madoff a présenté ses excuses aux victimes et à sa famille, déclarant qu'il vivrait «avec cette souffrance, ce tourment» pour le reste de se jours.
La poursuite, en réclamant une peine de 150 ans, voulait s'assurer que Bernard Madoff, âgé de 71 ans, baptisé «l'escroc du siècle», passe le reste de sa vie derrière les barreaux. Aux États-Unis, il faut avoir purgé 85% de sa peine avant d’être admissible à une libération conditionnelle. La défense demandait 12 ans de prison, estimant qu'une telle peine serait suffisante.
Au moment d’annoncer la sentence, le juge Chin a précisé que les crimes de M. Madoff étaient extraordinairement graves et que ce type de manipulation n’est pas seulement un crime sans effusion de sang, perpétré sur papier, mais aussi un crime dont le bilan est vertigineux.
Le juge a notamment souligné que la fraude a été exécutée sur une période de 20 ans et que son montant, estimé à 13M $, est incomplet pour l’instant.
Avant d'entendre la sentence, Bernard Madoff avait aussi dû écouter les témoignages de victimes, très émues, qui avaient pu s'exprimer à l'audience. Une d'elles, Carla Hirshhorn, a déclaré que la vie est devenue un enfer, qu'on dirait un cauchemar dont on ne peut pas se réveiller.
Le stratagème illégal de Bernard Madoff a anéanti des fortunes personnelles, englouti des économies de retraite, ruiné des fondations et des organismes de charité et même mené certains investisseurs à se suicider. Pendant plusieurs décennies, Bernard Madoff a détourné des dizaines de milliards de dollars confiés par des investisseurs, leur mentant sur l'ampleur de la caisse tout en leur promettant des retours sur investissements illusoires jusqu'à ce que son système s'écroule.
La semaine dernière, le juge Chin avait rendu un ordre préliminaire de confiscation par lequel la justice se réserve le droit de réclamer à Madoff jusqu'à 170 milliards $ US, une somme théorique correspondant au montant total qui pourrait être lié à sa gigantesque fraude. Samedi, un juge a ordonné qu'il se départisse de ses biens, à hauteur d'une valeur théorique de 170G$ US.
Son épouse devra également renoncer à ses biens, évalués à 80 millions.
Madoff mieux traité que ses victimes
En entrevue sur nos ondes, notre chroniqueur Michel Nadeau a notamment déclaré que M. Madoff sera « mieux traité que ses victimes ». Certaines devront retourner sur le marché du travail puisque leurs épargnes de retraite sont anéanties, alors que les intermédiaires qui ont apporté des fonds chez le financier devront rembourser les commissions qu’ils ont obtenues. Même les clients des six dernières années pourraient devoir rembourser une partie des sommes reçues, selon M. Nadeau.
Par contre, la décision « correspond à la cruauté des crimes » et cette fois, le jugement est « clair et ferme », affirme M. Nadeau, même si 150 ans de prison ne changeront pas grand-chose à son âge.
Le hic, c’est que M. Madoff part avec ses secrets puisqu’en ayant plaidé coupable à tous les chefs d’accusation, il a pu rester silencieux, souligne M. Nadeau. Si les autorités américaines veulent en savoir d’avantage, « il faut maintenant retrouver des complices » puisqu’il n’a certainement pas agi seul, précise-t-il.
Les lois canadiennes sont « laxistes » selon Yves Michaud
Le fondateur du Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), Yves Michaud, a également commenté la peine imposée à Bernard Madoff. À son avis, il s’agit d’une sentence exemplaire « parce que les lois américaines le permettent, alors que les lois canadiennes sont laxistes. »
M. Michaud a cité en exemple le cas de Vincent Lacroix, qui se retrouve déjà en liberté surveillée. Il avait été condamné à 12 ans de réclusion en janvier 2008, peine réduite à 8 ans et demi par la Cour d’appel en juillet 2008.
M. Michaud croit qu’il faudrait imposer de telles sentences ici puisque « les crimes économiques sont parfois beaucoup plus importants que les crimes violents. Ça ruine des vies et certaines personnes se suicident. Il faudrait que le gouvernement fédéral revoie les lois en matière de crimes économiques, pour qu’elles soient beaucoup plus répressives » précise-t-il.



