Le jeudi 23 février 2012

Plus les Canadiens paient, plus les pétrolières encaissent

28 avril 2011 | 17h30
 

Sharon Singleton
Agence QMI

Le prix de l’essence à la pompe ne reflète pas celui du pétrole, estime le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), et, alors que les Canadiens paient la note, les compagnies pétrolières engrangent les profits.

 Photo : Reuters

Dans certaines régions du Canada, comme Toronto, le prix du litre est en effet plus élevé aujourd’hui avec un baril de brut qui vaut 112,16 $ que pendant la flambée de 2008 lorsqu’il était à 147 $.

« Si vous prenez une calculette et que vous convertissez le prix du brut en dollars canadiens, que vous rajoutez les taxes et les coûts divers, vous obtenez une différence notable entre ce que le prix devrait être à la pompe et ce qu’il est réellement », a expliqué Hugh Mackenzie, économiste au CCPA.

Selon les calculs du Centre, les Torontois paient par exemple 0,19 $ de trop pour un litre d’essence. Le prix à la pompe est actuellement environ de 1,38 $ dans la grande région de Toronto.

Cette semaine, dans la région métropolitaine de Montréal, le litre a grimpé jusqu’à 1,43 $. Jeudi, selon CAA-Québec, il tournait autour de 1,40 $ dans la métropole et de 1,37 $ à Québec.

Pendant ce temps, les compagnies pétrolières se frottent les mains : d’après Hugh Mackenzie, chaque augmentation de 1 cent du prix du litre d’essence au Canada leur permet d’encaisser 1 million $ de profits.

Exxon Mobil, Royal Dutch Shell et Imperial Oil ont toutes annoncé, jeudi, des bénéfices trimestriels en forte hausse grâce à l’augmentation du prix du brut et des marges de raffinage.

Les profits d’Exxon Mobil, l’une des plus importantes sociétés cotées en Bourse, ont par exemple bondi de 69 % à 10,65 milliards $. Il s’agit de sa meilleure performance depuis le troisième trimestre 2008.

Les profits ont augmenté de 22 % à 6,9 milliards $ chez Shell, alors que ceux de la pétrolière canadienne Imperial Oil, une filiale d’Exxon, ont grimpé de 64 %.

Selon Dan McTeague, le député libéral de Pickering et fondateur du site internet « Tomorrowsgaspricetoday.com », transformer le pétrole brut en essence coûte entre 3 et 5 cents par litre, selon le type de carburant voulu.

« Elles [les pétrolières] récupèrent 23 cents, a indiqué M. McTeague en faisant référence aux marges de raffinage. Les compagnies pétrolières font des profits avec l’assurance que les politiciens ne diront rien. »

La conjonction du prix élevé de l’essence avec l’augmentation de celui d’autres marchandises met de plus en plus de pression sur les finances des Canadiens. Selon une étude récente de RBC, 45 % des ménages estiment en effet que ces hausses ont eu un impact important sur leur budget.

D’après un autre rapport, réalisé par CIBC, l’augmentation du prix de l’essence coûtera, à elle seule, 950 $ aux Canadiens en 2011.

« Le pétrole est la seule source d’énergie primaire qui n’est pas réglementée, l’argument étant que les forces du marché encouragent la concurrence et, par conséquent, limitent les profits excessifs, a indiqué Hugh Mackenzie. Mais les événements les plus récents montrent que cela ne fonctionne pas. Il s’agit de l’exemple classique d’un marché défaillant. »

Le prix du pétrole brut a grimpé de 25 % depuis le début de l’année, en raison des inquiétudes concernant la situation au Moyen-Orient, de l’augmentation de la demande et de la spéculation sur le marché des matières premières.

Les experts reconnaissent presque tous que les mécanismes de fixation du prix du pétrole se sont éloignés des lois élémentaires de l’offre et de la demande. Par contre, ils ne sont pas d’accord sur l’importance de cet écart.

Certains accusent aussi les taxes en vigueur au Canada et les faibles capacités de raffinage au pays d’être responsables de la hausse.

Selon Dan McTeague, le prochain gouvernement devrait soutenir toutes les initiatives visant à moderniser l’encadrement du marché des matières premières, et ce, avant que les hausses ne fassent dérailler l’économie mondiale.

La France, en tant que présidente du G20, a également fait de la réglementation de ce marché une priorité. L’Organisation internationale des commissions de valeurs mobilières souhaite elle aussi renforcer les règles encadrant le fonctionnement des cours pour les produits agricoles et pour les autres marchandises.

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