Les retraités de Nortel risquent la pauvreté
Michel Munger
Argent
Qui aimerait voir sa rente de retraite de 1000 $ par mois amputée de 36%, donc à 640 $ ? Personne. Pourtant, c'est le sort qui attend bien des retraités de l'équipementier Nortel.
L'entreprise cessera de gérer ses régimes de retraite à prestations déterminées le 30 septembre.
Dès lors, il faudra liquider les régimes qui sont capitalisés à seulement 64% selon les plus récentes données. On réduirait de 36% la rente moyenne de 1000 $ des employés de production.
Si personne n'a encaissé de pertes jusqu'ici, la date butoir approche rapidement
Les retraités québécois sont les moins bien placés du lot, comme l'explique Ken Lyons, porte-parole du comité Sauvegarde des retraités et anciens employés de Nortel Canada. Car contrairement aux anciens employés ontariens, aucun fonds ne garantit leur premier 1000 $ par mois de prestations.
«Il y a des gens qui seront obligés d'aller chercher de l'assistance sociale, dit M. Lyons, lui-même un retraité après 33 ans de service. Beaucoup de gens n'y croyaient pas.»
«C'est désolant, poursuit-il. Nous perdons tous nos avantages sociaux comme l'assurance-maladie complémentaire, l'assurance dentaire et l'assurance-vie. La seule solution pour nous est de mettre de l'argent de côté à la place de l'assurance.»
Même en liquidant tous les avoirs des régimes, le marché des rentes viagères du Canada serait trop petit pour obtenir de bons taux d'intérêt. Ce marché ne peut absorber que 500 M$ par année.
«Les deux caisses de retraite de Nortel dépassent cela largement, affirme Ken Lyons. Je ne peux pas vous dire les montants car je suis tenu au secret. Les mettre sur le marché causerait une pression et ce serait encore pire.»
Le gouvernement du Québec a toutefois déjà indiqué qu'il était prêt à donner un coup de main aux retraités. Il accepte que la Régie des rentes gère les rentes jusqu'à un maximum de cinq ans, garantissant l'avoir actuel des retraités et cherchant à effectuer des gains.
Le comité Sauvegarde des retraités et anciens employés demandait notamment de prolonger cette administration au-delà de cinq ans, même s'il fallait introduire un élément de risque sur leur capital.
«Ça nous a été refusé, souligne M. Lyons, parce que ce serait trop risqué. Imaginez la réaction si le marché était moins bon et qu'il fallait réduire les rentes.»
Au fédéral, le Nouveau parti démocratique a déposé le projet de loi 501 sur la protection des pensions. Celui-ci changerait le statut des retraités dans le cas de faillite d'entreprise.
«Nous aimerions passer devant les autres créanciers comme les détenteurs d'obligations, indique Ken Lyons. Ils ont déjà été payés en raison du remboursement des assurances sur défaut de crédit [une fois l'entreprise placée sous la protection de la loi]. Les fournisseurs peuvent déclarer des pertes pour payer moins d'impôt. Nous, les retraités, n'avons rien !»

