Le monopole des agents immobiliers remis en question
Mise à jour: 8 février 2010 | 18h00
Michel Munger
Argent
L'Association canadienne de l'immeuble a un adversaire de taille dans les pattes avec le Bureau de la concurrence qui s'attaque à ses pratiques en matière d'immobilier résidentiel.
Le Bureau de la concurrence a annoncé lundi son intention de contester les règles d'inscription sur le système MLS devant le Tribunal de la concurrence.
À l'heure actuelle, estime l'organisme, l'ACI force les clients à acheter des services dont ils n'ont pas besoin comme la négociation d'offres et la négociation finale d'un contrat. Ils ne peuvent simplement payer pour inscrire leur maison et piloter leur transaction eux-mêmes.
De plus, les agents immobiliers qui voudraient faire baisser les prix et innover en matière d'inscription immobilière n'arriveraient pas à le faire.
À l'heure actuelle, l'ACI représente plus de 98 000 courtiers. Elle détient les droits sur MLS, où 90% des transactions du marché immobilier résidentiel ont lieu au Canada.
Le Bureau de la concurrence s'est penché, lors de deux années d'enquête, sur des transactions comme celle de maisons de 400 000 $ à Toronto. La commission payée s'est parfois élevée à 5%, soit 20 000 $.
La réalité du milieu est dure pour ceux qui désirent injecter de la concurrence. Le courtier à rabais Realtysellers a fermé ses portes en 2006. Il offrait l'inscription MLS pour quelques centaines de dollars seulement. Fraser Beach, un courtier torontois, allègue que son accès à MLS a été révoqué après le lancement d'un service à escompte.
Le Bureau de la concurrence estime que son intervention est nécessaire en raison de l'envergure des transactions immobilières dans la vie des gens.
«La vente d’une habitation constitue pour la plupart des Canadiens l’une des transactions financières les plus importantes de leur vie, déclare Melanie Aitken, commissaire de la concurrence. Les consommateurs devraient pouvoir choisir les services qu’ils désirent pour faciliter cette transaction, notamment des options à meilleur marché.»
Mme Aitken déplore ne pas avoir vu chez l'Association canadienne de l'immeuble une volonté de s'entendre. «Le Bureau aurait préféré régler cette affaire à l’amiable, mais les dirigeants de l’ACI n’étaient pas disposés à accepter des changements de règles qui auraient favorisé la concurrence et auraient procuré des options aux consommateurs et aux agents immobiliers.»
Si le tribunal lui donne raison, le Bureau de la concurrence s'attend à ce que les forces du marché fassent diminuer les commissions payées aux agents immobiliers.
L'ACI a répondu en fin de journée au choix du Bureau en disant qu'elle était déçue parce qu'elle aurait fait le nécessaire pour négocier un règlement dans ce dossier.
«Nous voyons la décision comme surprenante et décevante, indique Dale Ripplinger, président de l'ACI, par voie de communiqué. Nous ne sommes pas d'accord avec le point de vue du Bureau selon lequel certaines règles de l'association sont anticoncurrentielles, que ce soit au niveau des faits ou au niveau de la loi.»
«Les règles, ajoute-t-il, permettent des modèles d'affaires innovants et fournissent une large gamme de choix aux consommateurs.»
Qui a raison ? Au Tribunal de la concurrence de trancher.


