Comment Anne Marcotte est passée de secrétaire à millionnaire
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Alain Bisson
Le Journal de Montréal
Anne Marcotte, 40 ans, se définit sans problème et sans complexe comme une secrétaire devenue femme d’affaires. C’est à son nouveau statut de millionnaire qu’elle dit avoir plus de difficultés à s’identifier.
«Il y a beaucoup de préjugés à ce sujet, surtout pour une femme, et ça me blesse. Je n’ai jamais travaillé pour devenir millionnaire, ça n’a jamais été mon but», soutient Mme Marcotte au cours d’un entretien.
«Je suis encore en train d’apprivoiser mon histoire, mais je vois très bien l’impact qu’elle pourrait avoir sur les autres et j’ai envie de la partager», ajoute l’entrepreneure de Québec, en baissant la voix.
Petite fille, Anne Marcotte rêvait de faire de longues études pour devenir avocate ou pédiatre. Mais elle a rapidement compris ce que sa famille — «d’un milieu très modeste»— attendait d’elle : qu’elle ramène de l’argent à la maison.
Anne a fait son cours de secrétaire.
Ambitieuse et forte de ses études du soir en administration et marketing à l’Université Laval, Mme Marcotte a gravi patiemment les échelons chez son premier employeur, Créacom, jusqu’à prendre la direction de l’entreprise, neuf ans plus tard.
«Je suis une personne déterminée et j’étais prête à tout mettre en oeuvre pour faire ma place», dit-elle.
Un coup dur
En 1996, Créacom a été mise en vente, Anne Marcotte a fait une offre, refusée pour quelques milliers de dollars.
«Ça été un coup dur, j’étais ébranlée parce que je ne pensais pas mériter ça.»
Puis, six mois plus tard, un deuxième coup dur : elle est congédiée par le concurrent chez qui elle avait déménagé ses pénates.
«Mon chien était mort, j’avais des comptes à payer à la fin du mois, je me suis mise en mode de survie», raconte Anne Marcotte.
Des amis lui ont alors conseillé de lancer sa propre entreprise. Ce qu’elle a fait à l’automne 1996, avec la création de Marcotte Multimédia, un concepteur de sites Web basé à Québec.
Un an plus tard, la société comptait cinq employés mais aucun contrat à Montréal. Elle avait besoin d’un bon coup de barre.
Une mission en Chine
«C’est souvent lorsque nous ne sommes pas dans notre zone de confort que sommes le plus créatifs et imaginatifs», soumet Mme Marcotte.
Et qu’a fait la jeune femme? Elle a réussi à force de persuasion à se faire inviter pour une mission commerciale en Chine, en compagnie du Who’s Who de Québec Inc.
«Ça été un point tournant. Je savais que je serais enfermée dans un avion pendant 21 heures, à l’aller et au retour, avec les plus grands décideurs du Québec. J’ai doublé le chiffre d’affaires de l’entreprise pendant ce voyage de 12 jours», raconte Anne Marcotte.
En 1999, Transcontinental a pris une participation de 50% dans Marcotte Multimédia, puis a acheté le solde par étapes de 2002 à 2005.
Combien avez-vous tiré de cette vente?
«Je n’ai jamais révélé le nombre de millions, même pas à mes meilleurs amis», répond-elle avec gêne.



