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Caroline Roy
Le Journal de Montréal
Réel gaspillage ou bourse méritée? La subvention de 65 000$ accordée à l'artiste César Saëz pour qu'il fasse voler une banane géante au-dessus du Texas a provoqué bien des discussions hier parmi les experts consultés par Le Journal de Montréal.
«C'est du gaspillage. Ce qui est grave, c'est qu'on élimine les mots art et beauté dans ce geste-là», lance le philosophe Jacques Dufresne à propos de l'oeuvre Banane stationnaire au-dessus du Texas.
L'artiste montréalais César Saëz veut créer une banane longue de 300 mètres à partir d'une structure de bambou et de papier synthétique. Remplie d'hélium, la banane pourrait flotter environ un mois au-dessus du Texas à l'été 2008.
M. Saëz explique son oeuvre par les différentes interprétations que les gens donnent à la banane. Il a choisi le Texas parce que cet État est un symbole géopolitique important.
Selon M. Dufresne, la création de Saëz n'est qu'une théorie et non pas une oeuvre d'art, parce que les sens ne seront pas sollicités au premier plan lorsqu'on la regardera dans le ciel.
Un défi technologique
Pour sa part, la doyenne de la Faculté des arts visuels de l'UQAM, Louise Poissant, affirme que l'artiste se qualifie pleinement pour sa subvention.
«La banane est une oeuvre éphémère, mais elle fait partie d'une industrie culturelle qui enrichit le Québec et le Canada», dit-elle.
«Ce sont les villes où il y a le plus d'artistes qui sont les plus intéressantes», ajoute-t-elle.
Cette dernière souligne aussi le défi technologique que représente la réalisation de la banane volante pour justifier l'octroi d'une telle subvention.
L'historienne de l'art
Lise Lamarche déplore le manque de compréhension que les gens entretiennent par rapport à l'art contemporain.
«C'est comme si on ne pouvait plus s'émerveiller de quelque chose de bizarre. Il faut faire un trop gros effort», déclare Mme Lamarche, qui est aussi professeure à l'Université de Montréal.
D'après l'économiste Claude Montmarquette, les gens ont tendance à être plus rassurés à propos des subventions lorsqu'il s'agit de projets de théâtre, de cinéma ou de musique.
«C'est très rare que l'on apprécie l'art visuel du premier coup. Ça s'adresse toujours à un public bien précis», indique le professeur au Département de sciences économiques de l'Université de Montréal.
«En ce moment, il y a trop d'artistes pour la demande d'oeuvres d'art. Les subventions devraient plutôt servir à développer auprès des jeunes la demande pour des créations artistiques», croit-il.
Le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseils des arts du Canada octroient respectivement 49 800$ et 15 000$ à ce projet.



