L'éducation continue des médecins dépend trop de l'industrie pharmaceutique
Par Helen Branswell
LA PRESSE CANADIENNE
Le système qui permet aux médecins de se tenir au courant des derniers développements médicaux est trop dépendant du financement et du fonctionnement des compagnies pharmaceutiques, et il doit être remanié en profondeur, affirme le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) dans un éditorial bien senti de son rédacteur en chef, le docteur Paul Hébert.
Selon cet éditorial, confier aux sociétés pharmaceutiques un tel contrôle sur la formation professionnelle continue des médecins fausse la pratique médicale et compromet les fondements éthiques de la profession.
Le Dr Hébert blâme surtout les médecins eux-mêmes pour cet état de fait, affirmant qu'«au fil des ans, les incitatifs pharmaceutiques puissants ont amené les médecins à croire qu'une solide participation de l'industrie non seulement est normale, mais aussi qu'ils ont le droit d'en profiter». Ils en sont venus à penser qu'ils ont droit aux avantages qui leur sont souvent offerts dans le cadre des programmes d' éducation continue de la profession, comme des billets de spectacles ou d'événements sportifs, des croisières ou l'accès à des clubs de golf privés. «Cette culture de la chose due peut constituer un des obstacles les plus difficiles à surmonter», écrit-il.
«Nous semblons avoir oublié commodément que l'industrie pharmaceutiquie existe pour enregistrer des bénéfices et non pour former les professionnels de la santé», écrit-il.
La prise de position du Dr Hébert a aussitôt suscité de nombreux appuis de la part de ceux qui critiquent l'influence des compagnies pharmaceutiques sur la formation des médecins, les publications médicales, et les pratiques de prescription des médecins.
«Trois hourrahs pour le Dr Hébert», a lancé Arthur Schafer, du centre pour l'éthique de l'Université du Manitoba. Le docteur Gordon Guyatt, de l'Univesité McMaster, à Hamilton, en Ontario, s'est félicité de voir le JAMC s'en prendre à «l'énorme» et «pernicieuse» influence de l'industrie pharmaceutique sur la formation continue des médecins. Mais lui aussi estime que l'industrie n'est pas à blâmer, parce qu'elle se comporte de la façon requise pour satisfaire ses actionnaires, et que ce sont les médecins qui ont un problème d'éthique.
L'organisme qui réglemente les médecins exige qu'ils mettent continuellement à jour leurs connaissances médicales pour conserver leur permis de pratique.
D'après l'éditorial du JAMC, «les données indiquent que l'éducation parrainée par l'industrie pharmaceutique biaise souvent le choix des sujets, embellit les aspects positifs des études et minimise les effets indésirables, mettant l'accent sur les traitements médicamenteux aux détriment d'aspects comme la prévention, la promotion de la santé et les options non pharmaceutiques.
Le Dr Hébert propose la mise sur pied d'un Institut de l'éducation continue en santé, dont le financement pourrait venir des gouvernements, de la profession médicale et de redevances sur les bénéfices de chaque nouveau brevet pharmaceutique ou instrument médical. Il s'agit de «confier notre système d'éducation médicale continue à des intervenants impartiaux et qualifiés et non à des entreprises qui s'intéressent avant tout à leur profit», conclut-il.


