Vive la bouteille libre!
Le 24 juin 2012 à 13h24 | David Descôteaux
C'était trop beau pour être vrai. On allait enfin pouvoir acheter des bouteilles de vin, sans se faire plumer par la SAQ au passage.
À Ottawa, les élus de la Chambre des communes ont adopté le projet de loi C-311, à l'unanimité. Ce projet de loi permet à vous et moi d'acheter librement du vin d'une autre province, si c'est pour notre consommation personnelle.
On a tous déjà fait un petit voyage dans un LCBO d'Ontario, histoire de ramener une caisse de bouteilles pas chères. Ce projet de loi n'y changera pas grand-chose, et vous pourrez même en rapporter plus qu'avant (parce que c'était illégal, figurez-vous!)
Ce que la loi C-311 change, c'est qu'elle vous permettra de commander des bouteilles par Internet, chez un vigneron du Niagara par exemple, et de vous faire livrer les bouteilles chez vous. En ce moment, vous devez obligatoirement passer par la SAQ (et son service de commandes privées) pour faire venir des bouteilles en provenance d'ailleurs au Canada. Et comme la SAQ se prend une généreuse cut sur votre transaction, vous payez très cher.
Ce brin d'espoir pour les amoureux du vin, cette petite brèche dans le monopole, effraie beaucoup la SAQ, semble-t-il.
Niet!
En entrevue avec Dominic Maurais sur les ondes de CHOI, la porte-parole de la SAQ, Isabelle Merrizi, n'a laissé planer aucun doute sur la volonté de la SAQ et des autres monopoles provinciaux — les seuls à s'opposer à ce projet de loi, évidemment — de bloquer la vente libre par Internet.
« La loi C-311 mentionne que le gouvernement fédéral va laisser aux provinces la possibilité d'édicter les règles. Alors le Québec et les autres provinces vont édicter des règles qui vont vous empêcher de le faire, à moins de passer par les commandes privées de chacune des sociétés (d'État) ».
Tiens toi! Des bouteilles moins chères? Dans tes rêves!
Les voraces monopoles d'alcool n'ont aucunement l'intention de respecter l'esprit de ce projet de loi. Et vont trouver toute sorte de manigances pour vous mettre des bâtons dans les roues.
Nos vignerons en profiteraient
Pourtant, plusieurs croient que l'impact serait marginal sur les ventes de la SAQ. Et qu'il pourrait même être positif.
Surtout, les vignobles québécois profiteraient de cette loi. Légalement, le vigneron de Brome-Missisquoi (au sud de Montréal), par exemple, peut seulement vendre ses bouteilles en passant par la SAQ, ou les vendre à des touristes qui mettent les pieds sur son vignoble. Or la SAQ se prend une marge énorme sur les vins québécois qui veulent se retrouver sur ses tablettes. Un vigneron peut vendre son vin 5 $ à la SAQ, et celle-ci va nous le revendre environ 13 $. À ce prix, le vigneron fait zéro profit. S'il veut faire un profit, il doit vendre son vin plus cher à la SAQ, qui va nous refiler la hausse de la facture. Dans cette fourchette de prix, plusieurs consommateurs préfèrent se rabattre sur un vin déjà connu.
Avec le commerce en ligne, les producteurs seraient moins dépendants de la SAQ. Et pourraient vendre leurs vins aux consommateurs dans l'ensemble du Canada, moins cher, tout en faisant un profit.
Mais oubliez ça.
Pourquoi? Parce que pour chaque dollar que vous dépensez à la SAQ, le gouvernement du Québec reçoit 68 cents de revenus sous forme de dividende, de droits et de taxes à la consommation, selon le site web de la SAQ. C'est payant, un monopole. Et après tout, il faut bien nourrir notre État obèse.
Voilà pourquoi l'État craint la concurrence comme la peste. Et pourquoi il usera d'imagination, en conspirant avec les gouvernements des autres provinces, pour trouver des raisons de priver les consommateurs québécois et canadiens de leur liberté de choix.
Que voulez-vous? C'est un « choix de société », paraît-il. Alors on se la ferme, et on paye.
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(HT à Le sommelier fou, qui a inspiré le titre de cette chronique.)
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