Un politicien courageux, et ça presse!
Le 22 novembre 2010 à 21h38 | David Descôteaux
Le Québec fonce dans la mauvaise direction. C’est le constat qu’un grand sondage QMI – Léger Marketing nous apprend, et qui confirme ce qu’une majorité d’entre vous sait déjà. Vous avez l’impression qu’on gaspille vos impôts. Que vous payez toujours plus pour des services qui se détériorent.
La raison, selon moi : nous sommes victimes de la corruption. Pas celle dont les médias parlent. Je parle de la corruption « soft ». Celle qui, même légale, détourne vos impôts vers les p’tits amis et les régions où les politiciens veulent acheter des votes.
Je parle de l’alliance malsaine entre politiciens et groupes d’intérêt : syndicats et cadres de la fonction publique, entreprises multinationales, lobby agricole, et lobbys de toute sorte. Ces groupes possèdent un accès privilégié au gouvernement, et quémandent constamment des subventions ou des hausses de salaire.
Des intermédiaires coûteux
Vous vous demandez pourquoi l’État grossit constamment? Pourquoi les programmes sociaux coûtent toujours plus cher?
Prenez les garderies à 7 $. Le programme coûtait 290 millions $ en 1997. Aujourd’hui, la facture grimpe autour de 2,3 milliards. (En incluant les augmentations qu’exigent les 15 000 intervenantes en milieu familial, présentement en négociation.)
En 13 ans, le coût du programme a augmenté de huit fois. Est-ce que les parents ont un service huit fois meilleur? Non. Pendant la même période, le nombre de places a augmenté de 82 000 à près de 200 000… seulement 2,5 fois plus. Où est passé tout l’argent? Faudrait demander aux centrales syndicales – qui ont syndiqué tout ce qui bougeait dans ce programme –, aux bureaux coordonnateurs et à toute la bureaucratie qui s’est greffée autour du programme de garderies à 7 $. Pendant ce temps les parents doivent donner des pots-de-vin aux gardiennes pour dénicher une place, ou attendre trois ans sur une liste.
En santé : nous donnons 28 milliards $ de nos impôts par année au système. Malgré cela, un Québécois sur quatre est incapable de trouver un médecin de famille. Ou un pédiatre. Comment est-ce possible? Une piste : sous pression des lobbys, le gouvernement engage une tonne de bureaucrates au lieu du personnel soignant. Depuis dix ans, le nombre de cadres a crû de 30 %. Le personnel soignant : 6 %. Le réseau compte aujourd’hui presque un cadre pour un employé sur le plancher! De beaux emplois à 100 000 $ et plus, pendant que vous végétez 18 heures à l’urgence.
Le patronat n’est guère mieux. Les subventions aux entreprises – souvent des multinationales qui font des milliards de chiffre d’affaires – dépassent maintenant les six milliards par année au Québec (en incluant les prêts sans intérêts, garanties de prêts et crédits d’impôt). C’est 1600 $ par contribuable. Trois fois plus qu’en Ontario, province qui compte pourtant beaucoup plus d’entreprises. Chaque année – récession ou pas – ces subventions augmentent.
Du courage s.v.p.
Revenons au sondage. Un souhait cher à vos yeux : être plus riche. Mais les trois quarts d’entre vous s’attendent aussi à payer plus d’impôt en 2020, et souhaitent préserver les programmes sociaux.
Pour que vos souhaits se réalisent, il faut que l’État coupe dans les intermédiaires. Dans les privilèges de ceux qui se placent entre vos taxes et les services que vous recevez, et qui sucent une grande partie de l’argent qui passe. C’est la seule façon de réduire les impôts, tout en maintenant les services auxquels vous tenez.
Ce que vous nous dites, c’est que vous avez besoin d’un politicien courageux. Prêt à affronter les lobbys et à éliminer la corruption « soft ». Un politicien qui va privilégier les citoyens, au lieu de privilégier le système et ceux qui en vivent.
