David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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Solide, le Canada?

Le 15 novembre 2012 à 16h14 | David Descôteaux

Il y a environ six mois, un lecteur me demandait pourquoi j'étais pessimiste face à l'économie canadienne, qu'on percevait — et perçois encore — comme « solide ».

Au risque de paraître un oiseau de malheur (encore une fois), je lui avais répondu : avec un taux d'endettement record des citoyens (qui annonce un dur lendemain de veille), une bulle immobilière sur le point de dégonfler qui risque de freiner la croissance économique, le prix des métaux qui chute à cause du ralentissement chinois et de l'Europe, les États-Unis qui sont encore loin d'une reprise viable, un gouvernement conservateur qui a ajouté plus de 100 milliards $ à la dette en un temps record, et qui devra un jour ou l'autre se mettre en mode « austérité »... ça ressemble plutôt à une tempête parfaite, vous ne trouvez pas?

C'est donc sans surprise que j'ai lu cette semaine qu'Ottawa reporte l'équilibre budgétaire d'un an. L'État a reçu moins d'entrées d'argent que ce qu'il avait prévu dans son budget, notamment à cause de la chute du prix des ressources. Le déficit sera plus élevé que prévu. Ça ne devrait étonner personne. Parce que les conservateurs ont toujours misé sur une croissance économique d'un niveau imaginaire. Qui apporterait encore plus de revenus que leurs dépenses pharaoniques, et qui permettrait d'équilibrer leurs budgets. Aujourd'hui, la réalité les rattrape.

Le hic, c'est que les problèmes ne font que commencer.

— La bulle immobilière commence à dégonfler un peu partout au pays. Et l'immobilier entraîne avec lui un grand nombre d'industries. Du meuble jusqu'à la finance, en passant par la construction et le transport. Même dans le scénario optimiste d'une « stabilisation » du marché, c'est un gros moteur de l'économie qui va tourner au ralenti.

— Le ralentissement en Chine n'est pas terminé. En fait, il est encore à ses débuts. Atterrissage en douceur ou crash? Les avis demeurent partagés. Mais une chose demeure : cela risque de continuer à pousser à la baisse le prix des ressources que le Canada exporte.

— Les Canadiens continuent de faire rouler l'économie en s'endettant. Le jour où ils ralentiront le rythme, la croissance en souffrira. On apprenait cette semaine que l’endettement des ménages, notamment au Québec, a augmenté au rythme le plus rapide en deux ans. Au pays, chaque mois qui passe bat un nouveau record d'endettement. Mais tout ce qui monte doit un jour redescendre.

— Les Américains, notre plus gros marché d'exportation, ne sont pas sortis du bois. Il y a bien quelques signes de reprise, mais les statistiques négatives se sont accumulées cette semaine. Notamment la confiance des propriétaires d'entreprises, les inscriptions au chômage et l'enquête sur l'activité manufacturière (en partie à cause de la tempête Sandy). Rappelons que 47 millions d'Américains — environ 15 % de la population — dépendent du programme de bons alimentaires (food stamps). Et ce nombre continue d'augmenter. Enfin, le fameux précipice fiscal, dont le dénouement sera connu dans les prochaines semaines, pourrait à lui seul replonger le pays en récession...

— Quant à l'Europe... ai-je vraiment besoin de vous faire le portrait?

Depuis plusieurs années les conservateurs ont bien paru grâce au boom immobilier, à l'endettement du gouvernement et à celui des consommateurs canadiens. Ils pourraient fort bien mal paraître dans les mois qui viennent pour les mêmes raisons. À cause du dégonflement immobilier, et du fait que les Canadiens vont graduellement ralentir leur endettement, et donc leurs dépenses.

Quand on mise tout sur la croissance économique, ça peut être agaçant quand elle ne se pointe pas au rendez-vous.

 

 

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