David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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Se tirer dans le pied

Le 21 novembre 2012 à 16h34 | David Descôteaux

Voilà qui devrait faire réfléchir le PQ, le parti libéral et tous ceux qui ne jurent que par les taxes pour nous sortir du trou.

Dans un texte signé par mon collègue Jean-François Cloutier juste avant le budget, l'économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, disait : « il y a une limite à la taxation des individus. Quand la croissance est faible, taxer plus peut faire encore plus mal à l'économie ».

Rien de nouveau pour ceux qui savent compter. Mais probablement un choc pour les politiciens qui voient le contribuable comme un fromage suisse. Et qui pensent qu'on peut percer son portefeuille de tous bords tous cotés sans qu'il se pousse, ou change ses habitudes.

Au-delà d'un certain niveau de taxation, les gens dépensent moins, l'économie ralentit et le gouvernement reçoit moins d'argent en taxes et impôts. La nouvelle taxe sur les cigarettes annoncée hier, par exemple, pourrait rapporter beaucoup moins que prévu. Elle laissera moins d'argent aux fumeurs pour acheter autre chose, et plusieurs d'entre eux iront acheter des cigarettes de contrebande, sans payer de taxes.

Point de non-retour

Imaginez : selon M. Marion, les hausses de taxes des libéraux l'an dernier, notamment la TVQ, pourraient expliquer la croissance plus faible que prévu au Québec en ce moment.

Autrement dit : nous avons peut-être déjà franchi la limite...

Et rappelons que selon le ministère des Finances, une baisse d'un pour cent du taux de croissance de l'économie peut plomber le trésor public d'environ 500 millions $.

Je ne sais pas si les bonzes du PQ s'en rendent compte, mais ils sont en train d'appliquer la stratégie d'« affamer » l'État (starve the beast), comme le faisait remarquer Joanne Marcotte sur son blogue. La version officielle consiste à baisser les impôts, pour ensuite dire aux ministères : faut couper! Car on n'a plus d'argent... Des années de gestion libérale, et maintenant péquiste, sont en train de nous amener tranquillement vers le même résultat — en prenant le chemin inverse!

Un budget libéral   

Et tout porte à croire que ça va continuer. Car la partie « coupures » du budget frise la science-fiction. D'abord le PQ s'imagine que l'économie est sur le bord de décoller, alors qu'on vit plutôt l'inverse (et gardons en tête que la bulle immobilière au pays commence à peine à dégonfler). Mais aussi, comme soulignait le collègue Jean-Jacques Samson, les cibles de croissance des dépenses du gouvernement (1,8 % pour 2013-2014 et 2,4 % pour l’exercice suivant) ne sont pas crédibles. La moyenne depuis 2003 est de près de 5,5 %... Bonne chance!

L'an dernier après le budget libéral, j'écrivais : ce budget ne règle absolument rien. On trouve plein de nouvelles taxes, sans couper sérieusement. Que va-t-il se passer l'an prochain? On va se retrouver au même point. Alors il faudra inventer de nouvelles taxes...

C'est exactement ce qu'on a vu hier. Et encore une fois, on ne règle rien. On invente de nouvelles taxes. Donc l'année prochaine... je vous laisse deviner la suite. Le péquiste Nicolas Marceau poursuit l'œuvre de son prédécesseur libéral, Raymond Bachand.

« Le Québec approche du moment où il devra faire des choix semblables à ceux auxquels sont confrontés de nombreux pays européens », disait l'économiste Stéfane Marion. Amen! Et bienvenu dans le club de ceux qui parlent dans le vide.

 

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