Les mirages du Plan Nord
Le 26 août 2012 à 12h11 | David Descôteaux
Avec son Plan Nord, Jean Charest ressemble de plus en plus au gars qui arrive avec sa bière dans un party à une heure du matin. Il reste un peu de fun à se faire, oui. Mais le meilleur est passé. Et les belles filles se font déjà cruiser, ou commencent à être malades...
Pendant que nos trois chefs de partis s’obstinent entre eux sur les redevances à tirer de nos ressources naturelles, le boom des ressources, lui, s’essouffle.
Il y a de quoi s’inquiéter. Car nos politiciens misent à divers degrés sur les ressources – notamment les redevances minières du Plan Nord — pour payer les promesses qu'ils nous font. Et pour rembourser la dette. Et même si ça n'apparait pas dans leurs cadres financiers, ils se croisent les doigts pour que pleuvent un jour des pétrodollars provenant de l’île d’Anticosti et du golfe du St-Laurent. (C'est le cas de M. Legault, notamment.)
Je ne veux pas gâcher leur fun, mais il y a comme un pépin : en ce moment le moteur chinois cale. Lui qui tire la demande de ressources depuis des années avec ses gratte-ciel, condos et hôtels qui poussent comme des champignons. Certains craignent même un crash de l'économie chinoise. L’Inde et le Brésil s’essoufflent, et l’Europe s'apprête à plonger en récession. Elle risque d’y patauger pendant quelques années.
Les géants reculent
La semaine dernière, la réalité a frappé. Les géants miniers Rio Tinto et BHP Billiton, entre autres, ont décidé de mettre sur la glace des projets de développement miniers de plusieurs milliards $. Parce que les coûts de développement augmentent, alors que les prix des métaux baissent. Et les profits s'effondrent. « Le boom des ressources naturelles est terminé », a même déclaré le ministre australien des Ressources à la radio australienne, rapporte Reuters.
Le Canada n'y échappera pas. La valeur des transactions minières au pays a plongé de 41 % pendant les six premiers mois de l'année par rapport à l'an dernier, calcule la firme Ernst & Young. À cause du ralentissement économique et de la chute des prix des ressources, les sociétés minières remettent en question leurs décisions d’investissement.
Le timing du plan nord semble de plus en plus douteux. (Du moins le volet gouvernemental, car les entreprises y investissaient déjà avant que Jean Charest ne se visse un casque blanc sur la tête pour les photographes…) Il faut cependant dire que les investissements miniers battent des records au Québec. La question : est-ce que ça va durer?
Un plan B?
Quant aux revenus potentiels du pétrole d’Anticosti, ils demeurent hypothétiques. Il pourrait bien n'y avoir aucune goutte de pétrole exploitable sur cette île. Et s’il y en a, le développement prendra des années. Nos créanciers cogneront à notre porte bien avant...
Bref, il ne faudrait pas trop miser sur les ressources pour équilibrer nos budgets. Parce qu’on pourrait avoir des surprises.
Depuis plusieurs mois, l’économie du Québec ralentit. Des milliers d'emplois se perdent. La croissance est même tombée négative en mai. Mais rien n’y fait. Les Marois, Charest et Legault continuent de vivre politiquement au-dessus de leurs moyens. Ils continuent de promettre et de dépenser, en se fiant sur des scénarios de revenus et de rentrées d’argent incertains, dans certains cas fantaisistes.
J'espère qu'ils ont un plan B. Juste au cas.
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