David Descôteaux

David Descôteaux

David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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Les gros caribous

Le 26 septembre 2012 à 16h42 | David Descôteaux

C'est la saison de la chasse aux riches. En France, on ratisse la forêt à la recherche des plus gros bois. Ceux qui valent cher. En Ontario aussi. En Angleterre, on essaie de capturer ceux qui courent le plus vite.

Aux États-Unis le président Obama, du haut de son cheval, ordonne à sa cavalerie de charger. Comme l'illustrait The Economist dans une édition récente. On l'imagine dire : trouvez-les tous, et ramenez-les-moi!

Au Québec aussi, le Léviathan a faim. Ici, on lève les quotas. Vous pouvez même chasser le « cerf sans bois », ou le petit gibier à 130 000 $. Gênez-vous pas, il y en a en masse!

Donnant-donnant

Mais les caribous courent vite. Certains vont peut-être se jeter dans le proverbial ravin, et on ne les reverra plus. Serait-il possible que les gouvernements imaginent des solutions plus constructives à leurs problèmes budgétaires?

Un article de Bloomberg me redonne espoir. En France, le succès de la « taxe sur les millionnaires » du président François Hollande dépendra de ce que celui-ci va réussir à obtenir, en échange, comme concessions aux syndicats, avance la réputée agence.

En d'autres mots : je vais taxer ces salauds de millionnaires. Mais en échange, on va mettre un frein à vos demandes syndicales, et vous devrez vous montrer plus flexibles.

« Si d'ici cinq ans cela aura permis de faire des réformes structurelles nécessaires, la taxe en aura valu la peine », commentait un économiste de JPMorgan Chase.

Utiliser le levier que procure cette taxe pour faire passer des mesures impopulaires. Pourquoi pas? Après tout, ces réformes sont nécessaires. Ce n'est pas comme si on allait régler les problèmes budgétaires simplement en pressant le citron des riches.

Même chose ici?

Et si Pauline Marois et son équipe adoptaient la même stratégie? Le budget du Québec commence à ressembler à un fromage suisse, tellement on entend parler de « trous » et de nouveaux besoins chaque jour. On ne surmontera jamais nos défis budgétaires sans sacrifier quelques vaches sacrées, sans réformer certains programmes, et sans revoir certaines promesses intenables.

Un lecteur m'a écrit au lendemain de l'annonce des hausses d'impôts rétroactives du PQ. J'ai trouvé qu'il visait dans le mille : « Ce que je trouve odieux dans le geste de Mme Marois, c'est que cette hausse ne survient pas durant un budget minceur où on essaie de redresser les finances publiques. De donner à nos enfants un futur moins endetté. Non. On nage dans la désinvolture, dans les cadeaux et le populisme pur et dur! »

On ne le répétera jamais assez : nous avons un problème de dépenses, pas de revenus. Est-ce logique d'être à la fois l'endroit le plus taxé et le plus endetté d'Amérique? Quelque part, on doit mal dépenser l'argent des contribuables, non?

Mme Marois, vous avez satisfait une certaine gauche en serrant la vis aux « riches ». Profitez-en donc pour exiger des réformes. Souvent impopulaires parmi ce même électorat, mais comme vous le savez, nécessaires. Vous pourriez être surprise du nombre de Québécois qui vous appuieraient.

 

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