La patate chaude 2012 : les régimes de retraite
Le 17 décembre 2012 à 16h17 | David Descôteaux
Les politiciens passent, mais les chiffres restent. 2012 reste pour moi l'année de l'implacable réalité mathématique. Qui commence graduellement à dissiper l'écran de fumée derrière lequel nous nous terrons, évitant de regarder en face la réalité de nos finances publiques.
J'avais l'idée d'une « revue de l'année » pour cette chronique. Je préfère décerner le Prix de la patate chaude 2012, du point de vue économique, aux régimes de retraites publics.
Pas seulement à cause du coût astronomique qui va se répercuter sur les contribuables. Ou parce qu'on ne sera jamais capable de tenir ces promesses. Rappelons qu'il manque environ 30 milliards $ au provincial pour honorer les promesses futures faites aux employés publics. Et qu'il manquera bientôt plus de 5 milliards $ dans l'ensemble des régimes des municipalités québécoises. Ce déficit actuariel a explosé de 55 % seulement l'an dernier...
Fracture sociale
Non. Le vrai drame, c'est qu'en attendant trop longtemps avant de s'attaquer au problème, nous sommes en train de créer deux classes de citoyens. Et de laisser une animosité naître et croître entre des fonctionnaires qui ont un régime blindé, et ceux qui devront payer le gros de la facture. Soit le reste de la population — dont la plupart n'ont aucun régime de retraite. Ces derniers devront, en plus, renflouer la caisse des « privilégiés » si les rendements boursiers ne sont pas au rendez-vous. C'est un gâchis qui risque de nous coûter cher, et pas seulement sur le plan financier.
Rappelons que depuis au moins deux ans, les hausses de taxes que subissent les Montréalais servent en grande partie à renflouer les régimes de retraite de la Ville. Les cols bleus de Montréal ont accepté d'augmenter leur contribution au fonds de pension à 45 % lors du renouvellement de leur convention collective (pour les élus, c'est encore 25 %). C'est bien, mais ce ne sera pas suffisant. Avec les rendements nuls des obligations — qui risquent de demeurer nuls pour longtemps — et la bourse qui fait du yo-yo, le problème va empirer.
Des pistes de solution
Ça fait pourtant des années qu'on en parle! Et on n'a toujours entrepris aucune réforme significative. Qu'attendons-nous? Des villes américaines, prises avec le même problème, ont mis de l'avant des solutions : exiger des employés publics qu’ils contribuent au minimum 50 % du coût de leur régime de retraite. Faire en sorte qu’au moins le tiers du régime de retraite devienne à cotisations déterminées, donc vulnérables aux aléas de la bourse, comme le REER de monsieur et madame Tout-le-Monde. Repousser l’âge de la retraite de quelques années (au minimum à 60 ans). Éliminer carrément les régimes à prestations déterminées (garantis) pour les nouveaux employés qu’on embauche...
Gardons en tête que les employés du secteur public ont négocié de bonne foi leurs conditions. Ils s'attendent à ce que le gouvernement respecte sa partie du contrat. On ferait de même. Ce ne sont pas les fonctionnaires qu'il faut blâmer, mais les politiciens. Ceux d'hier qui ont fait des promesses d'ivrogne, et ceux d'aujourd'hui qui font semblant de ne pas voir l'éléphant dans la pièce.
Ce devrait être LE dossier prioritaire pour 2013. Car plus on attend, plus on devra prendre des décisions déchirantes dans le futur. Qui ajouteront au fardeau des contribuables, mais qui risquent aussi d'être injustes pour les employés de l'État, qui ne devraient pas avoir à payer pour l'irresponsabilité de nos politiciens.
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