David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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La mouche, l'essence et vous

Le 12 septembre 2012 à 16h00 | David Descôteaux

C'était à la fois fascinant et triste. De regarder une douzaine d'automobilistes attendre en file devant les pompes de la station-service. Les voitures débordaient dans la rue. Plusieurs avaient décidé de sacrifier un bon 15 minutes de leur vie pour « gazer » à 1,41 $ le litre...

Quand, voyant ce prix, on se dit « vite chérie! Faut aller à la station-service, ils ont un deal incroyable! », on remet en question l'adage voulant que le consommateur soit « roi ».

Évidemment, quelques heures plus tard, les pancartes affichaient 1,53 $ un peu partout.

Une tempête parfaite...

Non, le consommateur n'est pas roi dans le merveilleux monde du pétrole. Il est un pion. Un junkie. On peut le battre, l'insulter, lui cracher au visage, il va revenir le lendemain. Sans sa dose, il ne peut fonctionner.

Cette fois-ci, paraît que c'est une mouche. Elle est restée collée sur un réservoir d'une importante raffinerie, les pattes engluées dans la peinture fraîche. Il a fallu repeindre tout le réservoir. De là, tout a déboulé. Les spéculateurs, pas fous, ont fait grimper le prix du brut. Les raffineries ont augmenté leur marge en prévision des coûts que tout ça va entraîner. Et les détaillants, pas le choix, ont monté leur prix.

Enfin, c'est ce que j'ai pu comprendre. En plus, la mouche était iranienne. Ce qui aurait « exacerbé les tensions au Moyen-Orient », selon un expert. Bref, une tempête parfaite. C'est donc totalement inutile de chialer.

Sevrage nécessaire

Ce qu'on veut savoir (plus sérieusement), c'est si ces prix élevés vont durer. Coup de fil à Sonia Marcotte pour savoir ce qu'elle en pense. Elle dirige l'AQUIP, qui représente les détaillants indépendants au Québec.

« À 1,34 $, sincèrement, le détaillant perdait de l'argent. Il vendait en bas de son prix coûtant. » C'est surtout la marge des raffineries qui est très élevée en ce moment, dit-elle. Autour de 22 cents le litre. « Mais ce ne serait pas étonnant de voir les prix redescendre. Après les hausses, ça baisse. »

Je me rappelle qu'au début de l'été, les prix affichés avaient baissé de près de 15 cents en moins de dix jours. Mais vous ne vous en souvenez pas. Puisque quand le prix diminue, personne n'en parle... Surtout pas les médias.

Mais attention : les prix vont remonter quand les marges des détaillants vont se compresser à nouveau, avertit Mme Marcotte. « Ça va baisser... jusqu'à la prochaine hausse. »

Bref, on ne s'en sort pas. On peut pester contre le prix de l'essence, mais il n'est pas près de descendre. Et ne comptez pas sur nos voraces gouvernements pour nous aider, en diminuant les taxes sur l'essence (près de 50 cents le litre à Montréal!)

Non. Vendez la deuxième auto, achetez-en une moins énergivore, faites du covoiturage, ou marchez quand vous pouvez. Pour préserver votre équilibre mental, vaut mieux réduire la dépendance à cette dope au plus vite.

 

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