David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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La dette, un épouvantail ?

Le 7 mars 2013 à 6h44 | David Descôteaux

 

Jacques Parizeau s'adressait aux congressistes d’Option nationale samedi dernier. Selon le Journal, l’ex-ministre des Finances a « dénoncé le discours économique ambiant et la course au déficit zéro ».

 (Mémo à ceux qui s'imaginent que nos politiciens sont obsédés par le déficit zéro : ne craignez rien. La dette a augmenté de plus de 50 milliards $ depuis 10 ans...)

 M. Parizeau a fustigé le discours au sujet de la dette du Québec, qu'il qualifie d'« énorme supercherie ». Notamment, il déplore que le gouvernement du Québec présente sa dette sans en déduire les actifs. « C’est comme quelqu’un qui présente son bilan personnel et qui montre son hypothèque sans tenir compte de la valeur de la maison », a illustré M. Parizeau.

 On vend nos écoles?

L'argument n'est pas nouveau. Certains économistes et chefs syndicaux l'utilisent à l'occasion. Et c'est vrai que le Québec possède des hôpitaux, des écoles, des parcs, des viaducs et des routes. La dette ne résulte pas uniquement de gaspillages. Sauf que les actifs du gouvernement, ce sont surtout des immobilisations. Quelqu'un pense sérieusement qu'on va vendre une école ou une route pour rembourser la dette? Qu'on va offrir un parc national pour calmer un créancier? On peut être fiers de posséder ces actifs, mais ils ne changent rien au total des intérêts à payer chaque année sur notre dette publique.

D'ailleurs, un des plus gros actifs est Hydro-Québec (même si sa dette atteint 38,5 milliards $). Mais on sait tous que vendre Hydro-Québec est un no-no politique. Or, les opposants à la privatisation d'Hydro sont souvent les mêmes qui disent : en considérant la valeur d'Hydro, notre dette n’est pas si pire...

La dure réalité  

— Le compteur tourne rapidement. Après avoir lu cette chronique, la dette aura augmenté d'environ 100 000 $.

— Nous payerons cette année près de 9 milliards $ juste en service de la dette. C'est environ 12 % des dépenses du gouvernement. Douze cents sur chaque dollar d'impôt ou de taxe que vous donnez à l'État. Environ deux fois ce qu'on dépense pour l'éducation primaire et secondaire, faisait remarquer mes collègues. Des milliards que l’on pourrait utiliser à d’autres fins.

— Ce n'est qu'une partie du tableau. La hausse (un jour ou l'autre) des taux d'intérêt augmentera le service de la dette. Le Québec flirte en ce moment avec une nouvelle récession, du moins une économie amorphe. Le vieillissement de la population va nous frapper comme une tonne de briques. Les coûts du système de santé et des régimes de retraite vont continuer de croître. Alors que nous risquons d'avoir de moins en moins de travailleurs pour financer les déficits.

Peu importe la mesure de la dette que vous utilisez (nette, brute, du secteur public, etc.), ces fâcheuses réalités ne disparaissent pas. La dette continue de grossir, et les intérêts annuels aussi. Peu importe nos actifs, la facture est sur la table. Et plus on attend pour la payer, plus nous devrons utiliser de revenus seulement pour payer les intérêts.

 Et il en restera moins pour tout le reste. 

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