David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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Finances publiques: un avertissement

Le 19 novembre 2010 à 19h26 | David Descôteaux

Les «négationnistes» de la dette et des finances publiques devront sortir leur tête du sable.

Une étude dévastatrice du réputé Conference Board vient de lancer un seau d'eau froide au visage des Québécois et de leurs politiciens. Son message : réveillez-vous! Cessez de vivre au-dessus de vos moyens, et coupez dans vos programmes. Ou vous le payerez cher plus tard.

Si on demeure les bras croisés, les contribuables québécois payeront une TVQ de 19,5 % dans 20 ans. C'est ça, ou un déficit annuel de 45 milliards $ (en comparaison, ce déficit sera d'environ 5 milliards cette année.) Une TVQ à 19,5 %, ça veut dire qu'une auto à 25 000 $ vous coûtera 32 116 $ avec les taxes. En supposant que la TPS, elle, ne monte pas.

Croyez-le ou non, je suis encore plus pessimiste que le Conference Board. Deux gros nuages gris planent au-dessus de nos têtes. D'une part (et l'étude le souligne), le vieillissement de la population va exercer une pression énorme sur le poste le plus important du budget, la santé. Nous aurons des centaines de milliers de gens à soigner, et de moins en moins de contribuables - surtaxés - pour financer le système.

Des lunettes roses

D'autre part (ça, l'étude n'en parle pas), la prétendue reprise économique fait porter des lunettes roses aux gouvernements, qui surestiment leurs revenus futurs. Or la crise économique est loin d'être terminée. Qu'a-t-on réglé au juste depuis deux ans, à part renflouer Wall Street et remettre les problèmes à plus tard? Aujourd'hui, les Québécois et Canadiens n'ont jamais été aussi endettés. Pour plusieurs, un chèque de paye en retard et c'est la catastrophe. Et avec les prix démesurés des maisons, notre situation commence drôlement à ressembler à celles des États-Unis... avant leur débâcle. Imaginez si on replongeait en récession.

Et prions pour que les taux d'intérêt ne montent pas trop vite. Sinon, le service de notre dette (de 223 milliards) deviendra vite insoutenable.

Tous ces facteurs - du moins, leur éventualité - nous obligent à nous préparer. Malheureusement, le gouvernement Charest a préféré, dans son dernier budget, fouiller plus profond dans les poches des contribuables. Au lieu d'avoir le courage d'affronter les groupes d'intérêts et sabrer les dépenses de l'État. Les économistes du Conference Board l'ont compris. C'est pourquoi ils questionnent fortement les hypothèses de contrôle des dépenses du gouvernement.

Il n'est pas trop tard

Nous pouvons encore changer le cours de l'avenir. Cette étude nous sert un avertissement. Québec doit cesser de se mettre la tête dans le sable. Année après année, le gouvernement s'endette simplement pour faire fonctionner la machine. Pour payer tous ses bureaucrates, les programmes sociaux, et nourrir notre troupeau de vaches sacrées. C'est une situation insoutenable, qui ne se corrigera pas en haussant les taxes ou les impôts. L'État n'a pas un problème de revenus - nous sommes déjà parmi les plus taxés en Amérique du Nord! -, nous avons un problème de dépenses. En fait, nous possédons le titre peu enviable (et absurde) d'État à la fois parmi les plus endettés et les plus taxés.

Inspirons-nous de ce que font plusieurs autres gouvernements occidentaux en ce moment, c'est-à-dire réduire les dépenses et la taille du gouvernement. L'occasion est propice : un récent sondage nous apprenait que 51 % des Québécois souhaitent un retour à l'équilibre budgétaire dès le prochain budget. Et 80 % affirment que le gouvernement devrait y arriver en réduisant ses dépenses. Une majorité de Québécois comprend l'urgence de la situation.

Le mur approche. Certains ont d'assez bons yeux pour le voir. D'autres préfèrent malheureusement les fermer.