Essence : se fait-on avoir?
Le 10 juin 2012 à 13h10 | David Descôteaux
« Ost%&@ d'pétrolières! On se fait vraiment fourrer! Vous devez écrire là-dessus, c'est un scandale! »
Je reçois ce genre de message, je dirais, tous les mois. Quand ce n'est pas parce que les pétrolières augmentent leur prix trop vite, c'est parce qu'elles le diminuent trop lentement...
Comme en ce moment, semble-t-il.
C'est vrai que le prix du Brent, qu'utilisent les raffineries du Québec et de la côte est américaine, a baissé d'environ 21 % sur les marchés depuis mars. Alors que le prix de l'essence, lui, a diminué d'environ seulement la moitié. Environ 9 ou 10 %, selon l'endroit où vous « gazez » sur l'île de Montréal.
Sauf que comparer les changements du prix du brut à celui affiché à la pompe est, disons, hasardeux.
Car sur un litre d'essence vendu 1,38 $ à Montréal, il y a 48,4 cents de taxes. Dont 31,2 cents de taxes fixes. Des taxes qui ne bougent pas, même quand le prix descend — par exemple, la taxe sur les carburants de Québec (une parmi plusieurs) est de 18,2 cents le litre à Montréal, peu importe les fluctuations de prix.
Donc si on veut comparer la baisse de 21 % du prix du brut à celui de l'essence, il faut la comparer avec la partie du prix de l'essence qui peut baisser. En faisant cela, on constate que le prix à la pompe a, en réalité, baissé en moyenne de 12 % à 13 % depuis le sommet de mars.
Scandale? Avec un tout petit « s »... Mais surtout : quand on observe les chiffres avec du recul, on doit conclure, si on compare toujours le prix du baril à celui à la pompe, que les pétrolières nous font plutôt... un bon deal.
Les prix baissent!
Il y a un peu plus de 12 ans (en 1999), quand on craignait que notre toaster allait « boguer » le matin du 1er janvier 2000, le prix du baril était aussi bas que 15 $ (comparé à 100 $ aujourd'hui). Il a donc augmenté de près de 700 % depuis. L'essence à cette époque coûtait autour de 70 cents le litre, selon une étude de Desjardins. Le prix d'aujourd'hui (aux alentours de 1,35 $) représente donc une augmentation d'un peu moins de 100 %. C'est sept fois moins que la hausse du prix du baril...
Pourquoi? Une foule de facteurs peuvent conspirer. Dont l’appréciation du dollar canadien, qui permet d’absorber une partie de l’augmentation. Mais aussi les innovations technologiques par les pétrolières, les changements d'habitudes des consommateurs, etc.
Imaginez : si le prix à la pompe avait augmenté aussi vite que celui du baril de pétrole depuis une douzaine d'années, on paierait presque 5 $ le litre! Ça ferait longtemps qu'on se promènerait tous en bedaine, nos chemises en lambeaux éparpillées sur le sol...
Oui, les marges que se prennent les raffineries ont légèrement augmenté ces derniers temps. Et probablement aussi que les pétrolières essaient d'étirer l'élastique le plus longtemps possible. Quant aux détaillants, leurs marges se situent dans la moyenne, selon les données du ministère des Ressources naturelles et de la Faune. Donc inutile d'enguirlander le pauvre commis payé 9,90 $ l'heure...
Chacun d'entre nous peut réduire sa facture d'essence avec de petits gestes responsables, et quotidiens. Faire du covoiturage pour aller au boulot, prendre le vélo pour faire certaines courses, prendre le bus... Ça sonne cliché, mais c'est sûrement plus productif que de déchirer sa chemise chaque fois que les prix montent, ou ne descendent pas assez vite à notre goût.
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Ajout:

Source: http://www.tradingeconomics.com/
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