David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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Diminuer le pouvoir de l'argent

Le 30 octobre 2012 à 16h42 | David Descôteaux

« Éloigner l'argent de la politique. Je pense que c'est ça que les gens veulent », disait récemment le ministre Bernard Drainville, de passage à l'Émission Larocque-Lapierre. Pour y arriver, M. Drainville veut limiter à 100 $ par personne les contributions politiques.

La logique, si je comprends bien, est la suivante : plus on peut donner d'argent à un parti politique, plus on peut influencer les décisions et actions des politiciens. Une forme de corruption, quoi.

Bien d'accord. Mais poursuivons le raisonnement, comme le suggérait récemment l'économiste américain Don Boudreaux dans une lettre destinée au Baltimore Sun sur le même sujet.

N'est-cas pas également vrai, écrivait-il, que l'argent dépensé par nos politiciens pour influencer ou dicter nos actions en tant que citoyens (ou plus largement, pour acheter des votes) est aussi, en quelque sorte, une forme de corruption? Et que plus nous leur donnons d'argent à dépenser — par l'entremise de nos taxes et impôts — plus grande sera cette « influence corruptrice »?

Après tout, les sommes récoltées par les partis politiques sont minimes comparées aux milliards $ que les politiciens peuvent dépenser à leur guise une fois élus...

Corruption, version « soft »

En fait, on devrait plutôt parler de corruption « soft ». J'en parlais à l'époque où le magazine Maclean's avait fait sa une avec le bonhomme Carnaval. Vous vous souvenez? Le bonhomme traînait une valise débordant de fric... Les histoires de corruption commençaient à peine à sortir dans les médias.

Avec la complicité de politiciens qui cherchent à acheter des votes, les groupes de pression – centrales syndicales, grosses entreprises, lobbys de toute sorte – interceptent vos impôts au passage pour le garder dans leur cour. Ou le dépenser là où EUX croient que c'est une bonne idée.

C'est de la corruption « soft », parce qu'elle est légale. C'est le prix de la démocratie, pourrait-on dire. Mais ça demeure une forme de détournement, d'influence nuisible, qu'il faut limiter. Le financement des partis politiques engendre des problèmes, certes. Mais l’« achat » de votes pour se faire élire en entraîne d’autres, écrivais-je à l'époque.

S.O.S. gaspillage?

Or dans notre grande indignation collective du moment, je ne vois rien qui puisse atténuer ou corriger ce problème. Au contraire. Comme l'écrivait mon collègue Benoît Aubin il y quelques jours, les Québécois refusent de se départir de leur vieux réflexe : celui de voir dans l’intervention de l’État la solution universelle à tous les problèmes qu’ils rencontrent.

Le Directeur général des élections vient de mettre en place une ligne téléphonique pour obtenir des renseignements sur le financement politique. Les citoyens témoins de financement illégal peuvent appeler et dénoncer ces pratiques. À quand une ligne S.O.S. gaspillage? Pour que les contribuables écœurés puissent dénoncer la mauvaise utilisation de leurs impôts?

On peut bien limiter les contributions politiques. Mais tant qu'on continue à donner plus de pouvoir et d'argent à l'État et aux politiciens, rien n'empêchera ces derniers, de concert avec les groupes de pression, de continuer à flouer les contribuables.

 

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