Des livres et des valises
Le 25 octobre 2012 à 16h07 | David Descôteaux
Dans la catégorie « on nous prend pour des idiots », cette nouvelle, en début de semaine : le gouvernement Marois veut fixer un prix plancher sur les nouveaux livres vendus au Québec. Pour empêcher que les Costco ou Wal-Mart de ce monde puissent nous vendre certains livres en dessous d'un prix donné.
Regardez autour de vous. Le prix d'à peu près tout grimpe. Mais quand il y en a un qui baisse, comptez sur nos politiciens pour le faire monter!
Mais surtout : selon l'Association des libraires du Québec (ALQ), qui a fait pression sur les partis politiques pour obtenir cette réglementation, le consommateur sera « gagnant ».
Oui, oui. Vous payerez plus cher pour le prochain roman de votre auteur préféré... mais vous serez gagnant! Faites comme moi. Passez votre bras dans votre dos. Juste au milieu, vous allez sentir une grosse poignée...
La logique est la suivante, selon la directrice générale de l'ALQ : « on pense à tort qu'on va payer plus cher nos livres s'il y a une loi, mais s'il n'y en a pas, c'est ce vers quoi on se dirige et ça va être encore pire parce qu'on n'aura plus aucun contrôle sur le prix des livres dicté par les grandes multinationales ».
Ah... ces méchantes multinationales! C'est drôle, ça doit faire 20 ans que les détracteurs de Wal-Mart nous servent cet argument. Aux dernières nouvelles, c'est encore là qu'on trouve les meilleurs prix sur la plupart des articles. Voilà une vision paranoïaque de la concurrence, qui s'applique encore moins dans un secteur compétitif comme le commerce de détail.
Un autre « choix de société »
Si on s'était limité à dire : « c'est pour protéger les petits bouquinistes », on n'en parlerait presque pas. Qu'une minorité politique impose ses idéaux à la majorité, et souhaite plaire à un groupe d'intérêt qui cherche avant tout à ralentir son propre déclin, ce n'est rien de nouveau. Le politicien, de concert avec le groupe d'intérêt (ici les libraires), drape ladite politique dans le manteau de la vertu, et hop! Quelques années plus tard, on parlera d'un « choix de société ». Un « acquis », figé dans le ciment. Recette infaillible.
Et n'allez pas croire qu'il s'agit d'une lubie péquiste. Ou de Québec Solidaire. Lorsqu'interpellés par l'ALQ sur le sujet peu avant l'élection de septembre, AUCUN des grands partis ne s'est opposé à une telle politique. Notamment, dans un courriel à l'ALQ disponible sur le site noslivresajusteprix.com, un représentant de la CAQ a écrit : « [...] Dès son élection, un gouvernement de la Coalition Avenir Québec s’y penchera sérieusement et ne manquera pas de prendre des mesures concrètes pour aider l’industrie du livre à prospérer au Québec comme ailleurs dans le monde. »
Soulignons enfin que la mesure n'a rien de radical. Un rabais de 10 % pourrait être consenti par un détaillant dans les neuf premiers mois de la mise en marché du livre. Ensuite, les commerçants décideraient du prix. Si on pouvait seulement éviter d'en rajouter en nous prenant pour des valises, ça passerait presque comme dans du beurre.
Cette mesure ne s'appliquera probablement qu'aux nouveaux livres. Pourrait-on aussi y exclure les manuels de base en économie? Assurons-nous qu'ils demeurent accessibles, pour tous.
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