David Descôteaux

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David Descôteaux est un des chroniqueurs économiques les plus lus au Québec. Son regard sur les enjeux économiques qui préoccupent chaque jour les Québécois fait jaser et réagir.

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Des garderies à crédit

Le 14 novembre 2012 à 15h51 | David Descôteaux

Le PQ vient d'annoncer 28 000 nouvelles places en garderies subventionnées. Avec quel argent? Aucune idée! On coupe les budgets de chirurgie des hôpitaux, mais on a de l'argent pour des milliers de nouvelles garderies, tout en gelant le tarif à 7 $!

Le problème, c'est qu'on va donner le OK à ces milliers de places, sans même revoir le système actuel. C'est drôle parce que ces temps-ci, on se scandalise à la moindre histoire de dépassement de coût. Mais est-ce que quelqu'un se demande pourquoi le coût des garderies subventionnées explose depuis ses débuts?

Sortez la VISA!

Selon le PQ, ces nouvelles places vont coûter 260 millions $ par an (qu'on n'a pas et qu'on va emprunter) d'ici quatre ans. Laissez-moi rire! Si on se fie à l'historique du programme de garderies à 7 $, les coûts continueront d'augmenter beaucoup plus vite que le nombre de places. Une fois que les syndicats auront « nivelé par le haut » les conditions de travail de tout ce beau monde, qu'on aura donné des régimes de retraite blindés à tout un chacun, et que la Xème grève prendra fin, par capitulation du gouvernement.

Depuis le début du programme, les coûts ont augmenté près de trois fois plus vite que le nombre de places pour les enfants. Le coût annuel dépasse déjà deux milliards $, et n'inclut même pas les centaines de millions $ que coûteront les dernières ententes salariales. Malgré cela, on apprend que près de la moitié des CPE sont en difficulté financière. Et on trouve ça normal?

C'est peut-être parce qu'une étude — fortement critiquée — nous a dit que ce programme était « rentable » pour le gouvernement... Même si on sait pourtant que le système profite majoritairement aux mieux nantis. Que le fameux baby-boom québécois s'est aussi produit dans d'autres provinces canadiennes, qui n'ont pourtant pas ce système (et n'ont jamais jugé bon de le copier). Que le taux d’activité des femmes a progressé partout au Canada depuis 15 ans, pas juste au Québec. Et que le système de CPE n’a nullement amélioré les scores de développement cognitif des enfants de moins de cinq ans, selon une étude de l'UQAM.

Et surtout, que de l'avis même d'un auteur de l'étude, l'effet sur le taux d'activité des femmes aurait été grosso modo le même si on avait donné l'argent directement aux familles pour qu'elles se choisissent une garderie, même privée...

Trop simple

Pourquoi ne pas avoir donné l'argent, dès le départ, aux parents? L’État aurait quand même pu encadrer et imposer des normes de qualité aux garderies, qui se seraient concurrencées pour offrir le meilleur service et attirer les parents. On aurait atteint les mêmes buts. On aurait pu limiter le concept de CPE pour les milieux défavorisés, en y consacrant les ressources nécessaires et en s'assurant que les buts soient atteints. Cette façon de faire aurait coûté moins cher aux contribuables.

Mais c'aurait été trop simple. Et quand un système est d'abord bâti pour plaire aux syndicats, et ensuite aux parents, aucun retour en arrière n'est possible.

J'en fais une obsession, je le sais. Mais les garderies ne sont pourtant qu'un exemple parmi d'autres. Plus on continue de dépenser à droite et à gauche, moins il reste d'argent pour l'essentiel. La santé, les routes, ou le toit qui coule dans l'école du quartier.

La CAQ de François Legault votera contre le budget de mardi s'il contient des hausses d'impôt. Sur les garderies, le parti suggère une indexation du tarif, pour au moins refléter l'inflation. Mais si elle cherche à courtiser l'électorat un peu plus à droite, comme elle semble vouloir le faire, la CAQ a devant elle une grosse vache sacrée à mettre au régime.

 

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