Cette chère gratuité
Le 23 septembre 2012 à 20h35 | David Descôteaux
Les soins de santé publics coûtent plus de 11 000 $ par année à la famille canadienne moyenne, selon l'Institut Fraser.
La santé, c'est loin d'être gratuit. Au Québec comme au Canada, l'ensemble des contribuables ramasse la facture. Bien sûr, vous vous en doutiez. Mais vous n'aviez probablement qu'une vague idée de la somme réelle qu'une famille paye avec ses impôts.
Le problème avec ce mode de financement public des services, c'est surtout qu'il dissimule l'augmentation des coûts au fil du temps. Par exemple depuis 10 ans, le coût de l'assurance maladie publique pour une famille moyenne a crû deux fois plus vite que celui de son logement. Et presque quatre fois plus vite que son épicerie, note l'étude.
Rappelons que d'ici quelques années, la santé bouffera 67 cents sur chaque dollar d’impôts et de taxes que nous payons... Ça me fait penser à la boutade qu'aime lancer l'auteur américain P.J. O'Rourke à ses compatriotes : « Si vous pensez que la santé coûte cher, vous n'avez rien vu. Attendez de voir quand ce sera gratuit! »
Grosses factures
C'est la même chose pour plusieurs services au Québec.
Une place en garderie coûte-t-elle 7 $ par jour? Absolument pas! Le coût pour les contribuables se situe plutôt entre 30 $ et 55 $ par jour, selon Jean-Yves Duclos, professeur à l’Université Laval.
Et l'université? Former un étudiant universitaire coûte très cher aux Québécois. C'est surtout vrai pour des programmes comme la médecine, où la formation universitaire complète d'un seul élève peut coûter aux contribuables des centaines de milliers de dollars. Alors que celui-ci ne paye qu'une fraction de la facture — moins de 15 %, selon une étude du CIRANO. (Et une partie d'entre eux partent ensuite travailler en dehors de la province, mais c'est un autre débat...)
Faire des choix
« Rien n'est gratuit », disait le défunt économiste Milton Friedman (There is no such thing as a free lunch). Ou si vous préférez la version de son collègue Thomas Sowell : il n'existe pas de solutions, seulement des compromis (There are no solutions, only tradeoffs).
Quelqu'un, quelque part, paye. Si on veut X, il faut sacrifier Y. Ce que quelqu'un reçoit gratuitement, un autre finira par le payer.
Au Québec comme ailleurs, cette illusion de gratuité perdure en partie grâce à l'endettement. Le gouvernement (tous partis confondus) refile un tas de dépenses sur la dette. Des milliards de dollars par année. Autrement, nous paierions encore plus de taxes et d'impôts. Certaines dépenses peuvent se justifier, là n'est pas la question. Mais en réglant des dépenses avec la carte de crédit, on reporte leur véritable coût à plus tard. Sur la tête d'enfants qui n'ont aucune idée de ce qui les attend.
La « gratuité » de certains services publics peut se défendre. Mais encore faut-il avoir le courage de la financer, surtout dans le contexte où ces coûts augmentent rapidement (notamment en santé). Et le courage ne signifie pas simplement taxer davantage les citoyens. Mais aussi faire des choix, et réduire les dépenses ailleurs. Ce que nos politiciens ont beaucoup, beaucoup de misère à faire.
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