Ces taxes qui restent dans la gorge
Le 10 décembre 2012 à 15h55 | David Descôteaux
Ainsi donc, la nouvelle hausse de taxe sur l’alcool est plus élevée que prévu. On aurait dû s'en douter : comme pour l'essence, on « taxe la taxe » sur les boissons alcoolisées. Et comme la SAQ aime arrondir (toujours vers le haut!), la hausse de 17 ¢ par bouteille annoncée dans le budget Marceau sera plutôt de 20 ¢...
Il y avait 90 vins à moins de 10 $ le mois dernier à la SAQ. Ils ne sont plus que 63 aujourd'hui, note le blogue vinquebec.com. Juste avant les fêtes. C'est vraiment le fun. Le gouvernement nous fait un beau cadeau de Noël...
Le député caquiste Christian Dubé déplore cette « très mauvaise idée » de décréter une hausse de la taxe sur l’alcool juste avant la période des Fêtes. C’est un peu comme quand les compagnies d’essence augmentent les prix avant les congés de la construction, a-t-il dit.
Où est l'indignation?
Tiens, c'est vrai ça. On déchire notre chemise parce que les pétrolières montent leur prix sans avertissements, souvent la veille de longs congés. Pourtant, à la SAQ on se fait arnaquer à longueur d'année! Où sont les politiciens pour dénoncer les « profits excessifs »? Pour exiger un prix plafond sur l'alcool?
Ce n'est pas parce que le vin est considéré comme un bien « de luxe » par certains qu'on doit rester les bras croisés devant un tel abus du consommateur. Surtout quand on sait qu'une partie de cet argent sert à graisser la patte des amis du pouvoir, se retrouve gaspillée dans des projets plus débiles les uns que les autres, ou sert à maintenir de généreuses conditions et à verser des bonis...
Selon des chiffres obtenus par le Journal, la SAQ vend le vin trois fois le prix payé chez le fournisseur. Une bouteille achetée 5,43 $ d’un fournisseur (incluant transport) sera vendue 16,15 $ au client de la SAQ. Près de la moitié de la facture, soit 7,30 $, s’en va en administration, en salaires aux employés et en dividende au gouvernement.
En bon monopole, la SAQ tient captifs ses clients québécois. Qui n'ont nulle part où aller pour trouver de bonnes bouteilles. À moins de traverser la frontière, et de retrouver les mêmes bouteilles parfois au tiers du prix!
Les restaurateurs voient rouge
Les restaurateurs du Québec, eux, ne se gênent pas pour exprimer leur colère. Ils ont subi une hausse de taxes — rétroactive — sans même avoir été consultés. Pour ajouter l'insulte à l'injure, le gouvernement leur a ordonné de faire l’inventaire à 3 h dans la nuit suivant le budget... Et d’envoyer un chèque avant le 22 décembre pour payer les taxes sur les bouteilles en réserve.
Par exemple, un restaurateur ayant acheté 2 000 bouteilles de vin en 2002 pour remplir son cellier devait envoyer un chèque de 750 $ à Revenu Québec d’ici un mois, expliquait l'Association des restaurateurs du Québec dans un communiqué.
Et ce n'est pas demain la veille qu'on aura un break. Pour illustrer les « efforts budgétaires » que vous faites par rapport à ceux de l'État et de sa vache à lait, il faut fouiller le dernier budget. On peut y lire que Québec prévoit aller chercher 100 millions $ de plus en taxes sur l'alcool l'an prochain. Et quels sont les efforts exigés de la SAQ? Un maigre 15 millions $, en « amélioration soutenue de l’efficience »...
Les consommateurs de vin et les restaurateurs, entre autres, vont continuer de payer pour l’incapacité du gouvernement à contrôler ses dépenses.
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