Au bord du précipice
Le 11 novembre 2012 à 8h46 | David Descôteaux
On parle souvent du « mur » que frapperont un jour ou l'autre nos finances publiques. Aux États-Unis, on parle plutôt de « précipice fiscal » (fiscal cliff). Peu importe le nom, ça va faire mal.
Revenons un an en arrière. Un combat de coqs se déroule entre démocrates et républicains sur le relèvement du plafond de la dette publique. Celle-ci atteint plus de 14 000 milliards $. On décide à la dernière minute de relever le plafond, pour permettre au gouvernement de continuer à s'endetter. (Résultat : la dette dépasse aujourd'hui 16 000 milliards $!) Mais les politiciens s'obligent à s'entendre sur un compromis pour réduire le déficit d'ici la fin de l'année. Sinon, des coupes de dépenses et des hausses d'impôt vont s'enclencher automatiquement le 31 décembre 2012 après minuit. Des centaines de programmes passeront au bat, et les taxes vont monter pour les riches, la classe moyenne et les entreprises.
Aujourd'hui les démocrates, Obama en tête, veulent une solution « équilibrée ». Qui inclurait réductions de dépenses ET hausses d'impôts, surtout pour ceux gagnant plus de 250 000 $. Les républicains veulent que le gros de l'effort passe par des coupes de dépenses, et éviter si possible les hausses d'impôts. Comme l'an dernier, on risque de trancher à la dernière minute. Quelque part entre la tourtière et la dinde.
Accroc au crédit
On trouvera un compromis. Mais ce serait surprenant qu'on laisse l'ensemble des hausses d'impôts et des réductions de dépenses prévues se réaliser. Attendez-vous à ce que les politiciens repoussent le problème à plus tard encore une fois. Surtout que les experts estiment que ces mesures réduiraient près de 600 milliards le déficit budgétaire annuel, soit environ la moitié. Bonne nouvelle pour le budget, certes, mais un désastre pour l'économie. Le PIB diminuerait graduellement de près de 4 % au cours de 2013, selon le Bureau du budget du Congrès (CBO).
C'est ce qui me frappe dans cette histoire : à quel point la croissance économique dépend de plus en plus de l'endettement de l'État et des citoyens. Depuis des années, on se paye de la croissance économique (PIB) à crédit. C'est vrai pour les USA, mais aussi pour le Québec et la plupart des pays occidentaux.
Imaginez : on nous dit que si le gouvernement des États-Unis essaie de vivre selon ses moyens, il va replonger directement en récession! Ça en dit long sur sa dépendance à la dette et aux déficits...
Et ici?
Combien de fois pensez-vous que les États-Unis ont dû relever leur plafond de dette depuis les années 1960? Soixante-quatorze! Et quelque part autour de février ces gens — qui font carrière à dépenser l'argent des autres — vont s'entendre pour le relever encore...
Les Québécois devraient surveiller ce qui se passe à Washington. Un jour viendra où nous ferons aussi face à des choix budgétaires déchirants. La différence c'est qu'aux États-Unis, les taxes et les impôts sont relativement bas. Les Américains ont donc une marge de manœuvre de ce côté. Pas nous. Nous trônons déjà parmi les plus imposés d'Amérique. Le débat risque plutôt d'être entre quoi couper, et quoi garder.
Mais on continue à faire comme si notre précipice à nous était encore loin, très loin. Pourtant, comme Vil Coyote qui pourchasse le Road Runner dans le désert, ça risque de nous frapper comme une enclume. N'attendons pas d'apercevoir le précipice une fois qu'il sera trop tard. Quand nous aurons les pattes déjà dans le vide...
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