Le vendredi 10 février 2012

Lâcher prise

17 novembre 2008 | 06h36
ARGENT 
 

Ne pas vouloir faire de compromis sur la qualité. S'assurer d'avoir vraiment déployé tous les efforts possibles avant de déclarer forfait. Penser qu'on peut donner encore plus de valeur ajoutée à un projet d'affaires. Se dire que le dernier coup de coeur pourra faire toute la différence. Tout cela a un prix. Mais j'ai vite constaté que le prix à payer n'est pas nécessairement celui qu'on peut imaginer.

Mes convictions de qualité et de dépassement ont toujours pris beaucoup de place, pour ne pas dire toute la place, dans la manière dont je dirige mes entreprises et mes projets. Elles guident non seulement mes décisions, mais aussi mes comportements. Bref, elles m'habitent totalement. Et jamais je n'ai caché, à qui que ce soit, cet important aspect de ma personnalité entrepreneuriale. Pourtant, cela m'a amenée à vivre des situations qui m'ont blessée.

J'ai un jour reçu l'appel d'un important client, coté en Bourse. Il m'annonça qu'il avait une bonne et une mauvaise nouvelle. "Anne, on a fait faire une expertise sur la solution technologique que tu as développée pour nous. Tout est conforme. Mis à part le problème suivant. Il semble que certains de tes programmeurs aient eu la brillante idée d'intégrer des blagues à caractère 3X à travers les commentaires du code informatique de notre application..."

J'étais terriblement choquée. Immédiatement, j'ai demandé à l'employé concerné de se pointer dans mon bureau. Sans ménager mes mots, je lui ai carrément dit ma façon de penser. En empruntant un air tout à fait irresponsable, il me répondit : "Bien moi, je les trouvais drôles, ces jokes-là. Ton client a-t-il ri au moins?" Après son départ, j'appris que cet employé s'était amusé non seulement à ternir la qualité de nos solutions, mais aussi à me dépeindre comme une véritable zélée.

Peu de temps après, une situation similaire me frappa de nouveau. Je venais de transmettre mes commentaires sur l'interface graphique d'une solution Internet. La qualité de la conception ne répondait pas à nos standards. Je demandai donc au concepteur de pousser sa recherche et son travail plus loin. De toute façon, je savais qu'il avait le talent pour y parvenir. Quelle ne fut pas ma surprise, une fois revenue à mon bureau. Mon écran d'ordinateur affichait un énorme "postit " électronique qui contenait le message suivant : "Elle me fait suer avec ses commentaires. Mais pour qui elle se prend ? Qu'elle ramasse le travail comme on lui donne ou qu'elle aille se faire foutre !"

De toute évidence, le fameux "post-it" devait apparaître dans un autre écran que le mien. Au début, je me réjouissais de cette erreur. Cela me permettait de remettre les pendules à l'heure avec les personnes concernées. Mais la lecture et la relecture du fameux message (toujours affiché au bas de mon écran) finirent par me peser lourd. Finalement, je réalisai que mes convictions me coûtaient bien plus cher que ce que j'avais pu imaginer.

Ce que je compris...

J'ai toujours su qu'il y avait un prix à payer pour obtenir de la qualité. Mais jamais je n'aurais imaginé que ce prix serait de devoir encaisser de tels propos. Je décidai donc de lâcher prise. Non pas sur les standards de qualité, mais plutôt sur les propos désobligeants. Il n'était désormais plus question que je les laisse m'af fecter. Car des commentaires de la sorte, par rapport à des convictions de qualité, ne contribuent nullement à créer de la valeur ajoutée.

Anne Marcotte est présidente de Vivemtia. Elle peut être jointe à anne.marcotte@vivemtia.ca

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