Le vendredi 10 février 2012

Les sentiers battus

10 novembre 2008 | 06h59
ARGENT 
 

Ils sont là. Prêts à nous accueillir. Ils répondent aux normes ainsi qu'aux conventions. Ils sont éprouvés et plutôt sécuritaires. Plusieurs les ont empruntés. On les appelle les sentiers battus. Pourtant, je me souviens d'avoir déjà eu terriblement peur de m'y engager.

Nous avions en main une offre d'une importante compagnie publique intéressée à prendre position dans le capital-actions de notre entreprise. Cela représentait des enjeux de taille pour mes associés et moi.

J'avais la responsabilité d'entamer la négociation de cette éventuelle transaction. Je ne voulais pas commettre d'erreurs. J'ai donc embauché des consultants expérimentés afin de m'accompagner dans l'approche que je devais adopter. J'ai partagé, bien ouvertement avec eux, mon point de vue sur cette affaire. Ma vision épousait parfaitement mes plus profondes convictions de même que mes valeurs personnelles et professionnelles.

"Est-ce que vous croyez que l'on peut aborder les échanges avec l'autre partie en utilisant ces lignes directrices ?", avais-je demandé, confiante. Certains visages esquissèrent des airs surpris. Poliment, on m'informa que je n'allais pas du tout dans la bonne direction. "Anne, on négocie avec une compagnie publique. Si tu ne leur offres pas tout de suite la majorité, ils ne pourront intégrer tes résultats financiers dans leur bilan consolidé. Et ils n'auront aucun intérêt à continuer les pourparlers. Ça, c'est certain !".

En termes clairs, on était en train de m'annoncer que nous devions absolument vendre au moins 51 % des parts si nous voulions accueillir ce partenaire dans le capital-actions de notre entreprise. J'étais complètement ébranlée par ce qu'on venait de m'annoncer. Jamais je n'avais envisagé un tel scénario. On me fit alors la démonstration qu'aucune transaction n'avait été conclue en dehors de ce principe avec ce partenaire d'affaires. De toute évidence, je me retrouvais à la croisée des chemins.

Battus ou non battus ?

Je tentais de décanter le tout. Je voulais prendre un recul de quelques jours. Je laissais donc les appels de la compagnie publique sans retour. Appels qui se faisaient de plus en plus insistants d'ailleurs. En fait, j'essayais par tous les moyens de me convaincre que mon inexpérience me ferait perdre gros. Et qu'il serait assurément sage que j'accepte les recommandations des consultants. Mais je n'y parvenais pas. Je revenais toujours à ma première idée qui m'éloignait des sentiers battus.

Puis, mon adjointe m'informa que le mandataire de la compagnie publique était au bout du fil. Qu'il patienterait tant et aussi longtemps que je ne prendrais pas son appel. Paniquée, je fis venir d'urgence mes associés dans mon bureau. "Anne, tu as 70 % de la compagnie, on te fait confiance. Fais ce que tu sens qu'il faut faire !", me lancèrent-ils.

Je me levai, je pris une bonne respiration, posai l'acoustique sur mon oreille et j'appuyai sur la ligne clignotante du téléphone. Avec un débit très rapide, sans vraiment laisser la parole à mon interlocuteur, je transmis ma vision de la transaction. "Bon, j'ai entendu. Je te reviens...", me répondit froidement le mandataire en raccrochant sur-le-champ.

Ce soir-là, avant de m'endormir, je savais pertinemment que nos chances de conclure une transaction venaient de diminuer. Mais, curieusement, je ressentis tout de même une certaine forme de sérénité. Je demeurais convaincue que c'était la meilleure chose à faire.

Ce qui arriva...

Nous fûmes le seul partenaire Inter net avec qui la compagnie publique accepta de conclure une transaction sans prendre une participation majoritaire. Pour y parvenir, j'avais emprunté de tout nouveaux sentiers, mais ils ne m'étaient pas inconnus pour autant. Car ces sentiers-là personnifiaient totalement mes valeurs et mes réelles convictions entrepreneuriales. Je constatai qu'il était plus rassurant d'emprunter les sentiers qui nous ressemblent. Et depuis, c'est ce que je continue de faire...

* * *

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Femmes d'affaires, affaires de femmes, c'est une tribune pour vous ! Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos succès, vos inquiétudes, etc.

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anne.marcotte@vivemtia.ca

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