Le meilleur de tous les placements
Mes associés et moi venions de recevoir un boni. Il s'agissait du tout premier boni que notre entreprise avait été en mesure de verser après quatre années de travail acharné. Montant : 25 000 beaux dollars.
J'avais peine à le croire. À la blague, je me souviens d'avoir embrassé le chèque toute souriante, tellement j'étais fière et contente. Puis, après l'avoir photocopié (en guise de souvenir), je me suis dit qu'il fallait maintenant le placer.
Je ne connaissais pas vraiment les différents véhicules disponibles sur les marchés boursiers et obligataires. Mais je savais une chose : je ne voulais pas risquer inutilement de l'argent durement gagné.
Un courtier me proposa alors d'acheter des obligations de la compagnie Air Canada. "Le placement n'est pas garanti. Mais Anne, crois-tu qu'il est possible que la seule compagnie aérienne au Canada puisse un jour déclarer faillite ?", m'avait demandé le conseiller au téléphone. O.K.,allons-y pour les obligations d'Air Canada.
La frénésie du boni s'estompa et mon attention retourna rapidement vers notre entreprise.
Gestion serrée
Mes associés et moi, on y travaillait de longues heures avec un engagement hors du commun. Pas question pour nous de laisser sortir un cent de l'organisation sans qu'il ne soit justifié.
On gérait et administrait la compagnie d'une manière serrée. Très serrée.
Nous avions la conviction que notre "management" avait la responsabilité de tout mettre en oeuvre pour que notre entreprise en soit une rentable. Et ce, même si ce n'était pas la tendance dans notre secteur d'activités.
Il faut dire qu'à cette période- là, les technologies de l'information jouissaient du phénomène de la bulle Internet. Les investisseurs boursiers préféraient anticiper des bénéfices futurs plutôt que de regarder les pertes de la plupart des sociétés.
Cette tendance ne collait pas avec notre école de pensée. Jour après jour, nous investissions donc notre attention, notre dévouement et nos profits d'entrepreneurs économes dans notre entreprise. Ce focus finit par donner un très bon rendement. Quelques années plus tard, notre compagnie figurait parmi les plus rentables au Québec dans notre secteur d'activités.
Soudainement, l'histoire de mon premier boni refit cependant surface.
Nous venions de passer un certain 11 septembre 2001. Au beau milieu d'un bulletin de nouvelles, je vis apparaître en grosses lettres sur l'écran de mon téléviseur : Air Canada se place sous la protection de la Loi sur les faillites. Horreur ! Je perdis presque la totalité de mon premier boni. Je me souviens d'avoir eu bien du mal à m'endormir cette nuit-là.
L'expérience de ce placement et les résultats de notre entreprise me firent bien réfléchir.
Ce que j’ai compris
Je m'étais posé et j'avais posé bien moins de questions pour mon investissement que lorsqu'il s'agissait pour moi de faire un geste dans mon entreprise.
Il était pourtant ici aussi question d'une décision d'allocation de capital.
J'aurais dû me renseigner davantage sur la rentabilité d'Air Canada et son endettement, l'évolution de sa gestion, etc. Vrai, l'entreprise fut sans doute victime d'un "act of God". Mais dans le processus, j'étais tout de même fautive. Désormais, je creuse davantage mes décisions d'investissement comme mes décisions d'affaires.
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Une tribune pour vous
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