Business ou pas business?
Anne Marcotte
«Bonjour, Anne, comment vas-tu ? Comme promis, je prends quelques minutes pour te faire un coucou du bout du monde !»
C'est ainsi que commence le courriel de mon amie Renée. Une entrepreneure qui m'écrit du fin fond de la Thaïlande. Et elle ne s'y trouve pas pour faire des affaires.
Renée a encore décidé de prendre une année sabbatique. C'est la seconde fois qu'elle quitte son entreprise. Lors de son premier périple, je lui avais pratiquement fait la morale.
"Je quitte pour un an. J'ai le goût d'écrire un livre !", m'avait-elle dit tout bonnement au beau milieu d'un lunch. Comme si c'était normal de quitter sa compagnie quand on en est le pilier. Ça m'avait jetée complètement à terre. Voire choquée. "Mais qu'est-ce que tu dis là ? T'as "une business" à faire rouler, Renée. Tu te tapes un trip ou quoi ?", lui avais-je lancé sans aucune retenue.
INQUIÉTUDE
Renée me connaissait bien. Et ma réaction fut loin d'être une surprise pour elle. Nous étions toutes les deux des entrepreneures.
Et elle savait que c'était ma façon à moi de lui dire que la situation m'inquiétait. Nous partagions des visions très différentes de l'entrepreneuriat. Ce midi-là, nous avions longuement échangé sur le sujet. Mais nos points de vue respectifs furent inébranlables. Je retournai donc au travail sans avoir changé d'idée. Et elle partit pour aller écrire son fameux livre.
Sur le chemin du retour, je fus envahie par toutes sortes de sentiments. D'un côté, je l'enviais de se permettre une telle folie. Moi qui avais de la difficulté à quitter ma compagnie le temps d'une semaine de vacances. De l'autre, je me disais qu'elle faisait probablement une erreur. Qu'elle freinait ainsi l'envol de son entreprise de consultation en management, entreprise qui jouissait d'une bonne réputation et qui était en pleine expansion.
Un an et quelques mois plus tard, Renée réapparut dans le monde des affaires. Son livre fut édité. La publication ne tarda pas à être répertoriée cinq fois "best-seller" au Québec. La notoriété de sa méthodologie et de son entreprise explosa. Finalement, son aller-retour avait grandement contribué à faire progresser ses affaires. J'étais très contente que l'aventure se soit bien terminée.
Cette histoire d'année sabbatique ne resta cependant pas chose du passé bien longtemps. Renée finit par m'annoncer un autre départ. Cette fois-ci, une mission humanitaire de 12 mois. Sur l'itinéraire : la Thaïlande. Malgré le succès de la première aventure, j'eus à nouveau de la difficulté à comprendre le tout, du point de vue affaires.
Renée l'avait deviné. La veille de son départ, elle me regarda bien droit dans les yeux pour me dire : "Bien du monde pense que je ne suis pas business, Anne. En connais-tu bien, des gens comme moi qui peuvent quitter aussi longtemps leur entreprise sans que leurs affaires ne cessent de rouler comme les miennes ?" Sa remarque me fit voir les choses d'une manière différente.
CE QUE JE COMPRIS...
Renée voit son entreprise comme un tremplin qui lui permet de réaliser ses plus grands désirs. Ses plus profondes convictions. Pour elle, l'entreprise est, comment dire, un levier pour ses entreprises personnelles.
À ses yeux, la réussite ne se mesure pas uniquement à la hauteur et à la progression du BAIIA (bénéfice avant impôt, intérêts et amortissement) de la compagnie, mais aussi au développement personnel qu'elle peut procurer. Une manière bien intéressante de voir les affaires.
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