Le vendredi 10 février 2012

Le sexe des affaires

29 septembre 2008 | 06h48
ARGENT 
 

Anne Marcotte*

J'étais folle de joie. Un client avait finalement décidé de me confier un important contrat. Mon tout premier. Je ressentais une grande fierté. Je m'étais tellement investie sur ce dossier-là. Je n'avais qu'une envie : retourner au plus vite au bureau afin d'annoncer la bonne nouvelle à mon patron.

En guise de félicitations, il me lança : "Laquelle de tes petites jupes a fini par faire effet pour convaincre ce client..."

Sur un ton ironique, je lui répondis que, pour une somme aussi importante, j'avais dû me dénuder complètement !! Choquée (le mot est même un peu faible), je quittai son bureau. J'étais à peine sortie qu'il m'interpella et avoua que sa blague avait été de bien mauvais goût. Il présenta des excuses sincères, et je les acceptai.

PAS UN CAS ISOLÉ

Ce fut la seule et unique fois que mon patron me fit une telle remarque. Mais l'épisode n'allait malheureusement pas demeurer un cas isolé dans mon cheminement.

Un an après avoir démarré mon entreprise, je remportais le grand prix d'un gala reconnaissance. Depuis ses débuts, le concours n'avait récompensé que des hommes.

À peine descendue du podium, j'entendis quelqu'un dire à voix haute : "Il fallait bien faire gagner une femme cette année. Je pense que le jury n'avait vraiment pas le choix, il devait avoir de la pression, c'est certain..."

Comme si je ne méritais pas d'avoir gagné pour les bonnes raisons. J'étais de nouveau choquée. Mais je ne pouvais m'attarder plus longtemps à la situation. Je devais préparer mon départ pour la Chine. Je participais à une mission commerciale qui pouvait générer des retombées importantes pour notre entreprise.

De retour au pays, je découvris que mon absence en avait fait jaser plusieurs. En effet, j'étais devenue la risée de certains de mes compétiteurs (majoritairement masculin, pluriel...). Sur des forums Internet de discussions, ils publiaient ouvertement des propos hautement dépréciants. "Ça paraît que c'est une ancienne secrétaire. Elle ne possède aucune stratégie d'affaires. Elle se tape la Chine sans avoir conquis son patelin. Elle devrait retourner à sa petite dactylo (sic)."

J'étais très offusquée. J'avais envie de répliquer. Mais la stratégie derrière la mission en Chine parla d'elle-même. Mes compétiteurs découvrirent peu à peu que, grâce aux entrepreneurs québécois participant à la mission, les ventes de mon entreprise avaient tout simplement doublé.

ANONYMAT

Curieusement, c'est à ce moment-là que les propos ont commencé à se publier sous le couvert de l'anonymat.

De toute évidence, on semblait suivre et commenter de près l'évolution de notre entreprise. Un jour, l'ultime remarque finit par sortir. "Cette présidente et directrice générale doit être bien intime avec ses clients pour décrocher autant de mandats..."

J'ai dû lire et relire cette phrase des centaines de fois. Que devais-je comprendre de tout ça ?

CE QUE JE COMPRIS...

Il aurait été facile de qualifier de sexistes les différents commentaires entendus ou lus.

Avec le recul, je compris cependant que la plupart de ces propos ne visaient pas véritablement la femme. Bien davantage l'entrepreneure.

Tout le monde sait que le succès en affaires n'a pas de sexe.

*Anne Marcotte est présidente de Vivemtia. Elle peut être jointe à anne.marcotte@vivemtia.ca

Les plus populaires