Prendre le bon ascenseur
Mise à jour: 15 septembre 2008 | 15h04
Les portes venaient de se refermer. Mais quelqu'un les fit rouvrir de justesse. " Est-ce que vous montez ? ", demanda alors une voix que je crus reconnaître. Du fond de l'ascenseur, je m'étirai le cou afin d'apercevoir le visage de l'individu. Non, ce n'était pas celui que j'imaginais. Dommage. J'aurais voulu lui parler. Sa spectaculaire ascension vers le succès m'impressionnait.
Ses associés et lui étaient jeunes et remplis d'audace. Tous aimaient beaucoup voyager et s'inspiraient de leurs découvertes pour alimenter leur processus créatif. Ils étaient à la recherche d'une occasion. Un jour, ils eurent enfin l'idée. Projet : un restaurant.
Mais pas un restaurant ordinaire. Quelque chose de spécial. De différent pour l'époque. Rien ne fut laissé au hasard. Tout fut pensé jusque dans les moindres détails. Le concept, le décor, l'ambiance, le menu, le personnel.
L'expérience charmait. Et surtout, elle était à la hauteur des représentations qu'on en faisait à tous points de vue. La clientèle ne cessait de grandir. Quelques mois suffirent pour atteindre le succès. L'établissement était toujours plein. Impossible de s'y présenter sans avoir fait, au préalable, des réservations. Il fallait s'y prendre d'avance en plus. Ça marchait vraiment, leur affaire. Ça m'impressionnait.
Le bon ascenseur
J'avais la nette impression qu'ils avaient pris le bon ascenseur. Celui qui vous propulse directement en haut, au dernier étage, celui du succès.
Nouvellement en affaires, j'aspirais à en faire tout autant. Mais il me semblait que nous n'avions pas pris le même ascenseur. Le nôtre s'arrêtait pratiquement à tous les étages.
Parfois, il nous faisait même redescendre de quelques-uns. Souvent, nous devions attendre un bon bout de temps avant que notre fameux ascenseur finisse par repartir.
Après plusieurs années, nous atteignîmes enfin une étape intéressante dans notre ascension. On décida de souligner cette atteinte d'une façon toute particulière à l'occasion de notre party de Noël. Tous nos employés furent invités à souper. Destination : le restaurant du succès.
Un cas isolé ?
Trois heures après avoir pris place à notre table dûment réservée, nous n'avions toujours rien à nous mettre sous la dent. J'étais hors de moi. Mais que se passait-il ? L'établissement avait-il changé de propriétaires ou quoi ?
Je demandai à parler au gérant. Surprise, l'un des fondateurs vint me voir. Je lui expliquai la situation. D'un air complètement désintéressé, il me retourna à ma table comme si j'étais le moindre de ses clients. Stupéfaite, je regardai autour de moi. Le restaurant était toujours bondé et populaire. Étions-nous tout simplement victimes d'un cas isolé ?
Une ou deux années passèrent. Et un jour, un concours de circonstances m'amena de nouveau dans le restaurant du succès. Complètement vide. Je n'arrivais pas à y croire. L'endroit, qui avait à une certaine époque été l'un des plus prisés en ville, était devenu désert.
La leçon de tout ça ?
Est-ce que tout ce qui monte rapidement et de manière spectaculaire risque automatiquement de redescendre un jour ? Pas du tout. Mais un entrepreneur ne peut jamais tenir le succès pour acquis. Peu importe la vitesse et la nature de l'ascension de son entreprise.
*Anne Marcotte est présidente de Vivemtia. Elle peut être jointe à anne.marcotte@vivemtia.ca


