Le vendredi 10 février 2012

Irremplaçable ?

1 septembre 2008 | 04h00
ARGENT 
 

« Ne t’imagine jamais que quelqu’un est irremplaçable ma fille ». C’est ce que mon père m’avait dit dès mes premières expériences sur le marché du travail. Je me souviens n’avoir guère prêté attention à ces paroles et de m’être dit que, de toute façon, si c’était vrai, l’exception confirmerait sûrement la règle…

Devenue entrepreneure, quelques années plus tard, j’allais cependant repenser à la remarque de mon père.

Je me souviens encore de cet employé qui, un jour, nous a laissé quinze minutes pour décider si on voulait « accoter » ou non une offre salariale qu’il venait tout juste de recevoir de l’un de nos concurrents.

Il y avait des « pour » et des « contre ». Parmi les « contre », le culot de l’employé. Bien que chacun ait le droit de vouloir améliorer son sort, le délai qu’il nous accordait n’était pas très respectueux.

Parmi les « pour », il y avait bien entendu le risque de déstabilisation de l’équipe. Après ce qui pourrait difficilement être qualifié de « mûre réflexion », nous avons finalement accepté sa requête.

Quelques mois plus tard, le même individu revint à la charge et formula une demande similaire.

« Encore ! » lui lançais-je sur un ton désemparé. « Que veux-tu? Mes compétences sont recherchées et grandement sollicitées sur les sites d’offres d’emploi », me répondit-il, sans gêne. Cette fois, nous décidâmes de le laisser partir immédiatement.

Tel qu’on l’avait redouté la première fois, la gestion de son départ fut très exigeante. Elle demanda qu’on y consacre du temps et de l’énergie. Mais ensuite, la page fut rapidement tournée, et nous oubliâmes tous cet employé sans la moindre difficulté.

Se réorganiser

Un autre départ me fit plus tard réfléchir aux paroles de mon père. Celui d’un de nos directeurs associés.

L’annonce de sa démission en avait affecté plusieurs. Moi la première. La voix remplie d’émotion, je me souviens lui avoir demandé : « François, est-il possible que tu puisses réviser ta position ? ». J’espérais tellement qu’il change d’idée. Mais ce fût en vain.

Nous étions parvenus à nous réorganiser en mettant à profit la relève disponible dans son département. Cependant le vide qu’il avait laissé ne fut pas totalement comblé.

Puis, vint un autre départ, test ultime pour la maxime celui-là… puisqu’il s’agissait du mien!

Quatre ans après avoir vendu mon entreprise, je sentis que le temps était venu pour moi de la quitter.

Respectant les normes du contrat qui me liait à l’actionnaire, je fis parvenir une note électronique à la gestionnaire responsable de mon unité d’affaires. Je me souviens d’avoir vu mes doigts trembler au moment d’appuyer sur le bouton « envoyer ». Moins de cinq minutes plus tard, je reçus une réponse. J’avoue avoir ressenti un certain pincement au cœur en la lisant. « OK, no problem Anne. Merry Chrystmas and have fun with your son ! ».

Misère! Qui n’aimerait pas croire, ne serait-ce que quelques instants, qu’il est indispensable pour l’organisation dont il fait partie!

Vingt mois plus tard, j’appris que l’entreprise que j’avais fondée dix années plus tôt avait finalement fermé ses portes. Plus rentable. Pourtant, elle l’avait toujours été.

Ce que j’ai compris…

Non, non, n’allez pas croire que je me suis crue irremplaçable. Beaucoup de choses avaient changé dans l’entreprise et le marché avait évolué. Bien que triste pour l’équipe, je ne fus ce jour là pas si fâchée d’avoir été remplaçable, et remplacée!

Femmes d’affaires et affaires de femmes, c’est une tribune pour vous !

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anne.marcotte@vivemtia.ca

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