Le vendredi 10 février 2012

Le banc des accusés

26 mai 2008 | 04h00
ARGENT 
 Photo © ARGENT

Anne Marcotte

«Anne, est-ce que je peux te déranger quelques instants ? J'aimerais te demander une permission un peu spéciale...», avait lancé un de mes employés en entrant dans mon bureau... sur la pointe des pieds.

Après avoir tourné autour du pot quelques instants, il finit par me faire connaître la nature de sa requête. Une demande qui, en tant qu'employeur, me propulsa littéralement au septième ciel. Et qui, quelques mois plus tard, me fie descendre... aux enfers!

Cette personne faisait partie de notre équipe de programmeurs informatiques.

«Anne, j'aimerais savoir si tu m'autoriserais à profiter des installations techniques, de connectivité et de logiciels du bureau afin que je puisse approfondir mes connaissances et mes compétences. Si tu acceptes, il faudrait alors que tu me donnes le code de l'alarme ainsi que l'accès aux serveurs informatiques afin que je puisse venir ici en dehors de mes heures de travail.»

Je fus complètement estomaquée par la demande. À dire vrai, je croyais rêver. N'est-ce pas là le rêve de tout employeur ? Avoir dans son équipe une personne qui souhaite ainsi améliorer sa performance dans un processus de formation continue ? Instantanément, le sourire me vint jusqu'aux oreilles, et ma satisfaction fut aussi verbale: «Mais bien sûr, voyons ! Je te donnerai tous les accès dont tu as besoin.»

Je me sentais tellement choyée d'avoir une personne consciencieuse et motivée de la sorte dans notre équipe. Je fis donc les démarches nécessaires pour répondre rapidement aux demandes de ce formidable employé.

En moins d'une semaine, tout fut réglé et l'employé modèle put se mettre à l'oeuvre. Ce qu'il fit. Pour enrichir ses compétences, il entrait parfois jusqu'à deux heures avant l'ouverture normale de l'entreprise. Il prenait son plan d'autoformation très à coeur, et j'éprouvais un réel plaisir à le voir évoluer. Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi.

COUP DE MASSE

Puis, un jour, l'employé modèle nous apprit qu'il avait accepté de poursuivre son parcours avec un autre employeur qui lui avait fait une offre faramineuse. Je n'eus pas d'autre choix que de respecter sa décision. J'étais fort déçue de perdre cette perle.

Quelques semaines après son départ, je reçus cependant une lettre enregistrée. Ou plutôt, un véritable coup de masse. L'ex-employé nous poursuivait. Le tout, avec la bénédiction des normes du travail. Il réclamait toutes les heures où il avait été présent au bureau pour son programme personnel de formation.

Je me frottai d'abord les yeux. Mais non, je lisais bien. Je me pinçai, mais non, je ne rêvais pas.

Je pris donc le téléphone pour joindre l'agent gouvernemental assigné au dossier.

Visiblement, l'agent n'avait pas beaucoup d'oreille ce jour-là. Avant que j'aie eu le temps d'expliquer le contexte, il répliqua: «Avezvous, oui ou non, accepté que cet employé soit sur votre lieu de travail?»

-- Euh, oui, bien sûr, mais c'était pour répondre à sa demande d'autoformation.
-- Vous n'aviez qu'à dire non, nous avons les preuves de sa présence sur les lieux de travail avec le rapport du système d'alarme, alors gouvernez-vous en conséquence de la réclamation.
On me raccrocha pratiquement la ligne au nez. Histoire de rester dans le ton, je fis de même.

FINALEMENT...

Après avoir vérifié auprès d'un avocat, je compris que les procédures me coûteraient beaucoup plus cher que les milliers de dollars que l'employé en question me réclamait.

Je me retrouvai donc injustement au banc des accusés, mais je décidai alors de verser quand même la somme demandée. Pour acheter la paix. Une erreur sans doute. Parce que l'âme, elle, ne l'est toujours pas.

UNE TRIBUNE POUR VOUS

Femmes d'affaires, affaires de femmes, c'est une tribune pour vous ! Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos succès, vos inquiétudes, etc. Vos courriels sont nombreux et toujours intéressants. À la semaine prochaine.

anne.marcotte@vivemtia.ca

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