Le vendredi 10 février 2012

Sharon Stone et...moi

5 mai 2008 | 04h00
ARGENT 
 Photo © ARGENT

Anne Marcotte

«Je peux vous aider?», m'avait demandé ce designer italien de vêtements sur mesure, à l'entrée de sa boutique. «M'aider... assurément!», avais-je pensé secrètement. Mais pour quelle contrepartie...?

Au bas des vitrines de cette jolie boutique de Montréal, on pouvait lire: Paris, Milan, Londres. Les tailleurs et robes «cocktail» étaient d'une de ces classes. Et d'un de ces prix aussi. De toute évidence, je n'avais pas les moyens de me trouver là.

Non loin de l'entrée, un portfolio mettait à l'honneur les photos des plus belles créations. On pouvait y voir d'importantes personnalités habillées de la griffe, dont Sharon Stone un soir de première.

Je fermai les yeux, le temps d'imaginer l'allure que je pourrais avoir habillée de l'une de ces créations. Je me mis à rêver d'emporter certains de ces vêtements dans mes bagages.

En fait, j'étais à quelques semaines de mon départ pour une importante mission commerciale en Chine avec le gouvernement du Québec. Et quelques pensées se promenaient dans mon esprit.

-- Je serais appelée à être souvent photographiée sur les clichés officiels de la mission en compagnie du groupe de participants et du premier ministre. Il me fallait quand même bien paraître.

-- Certaines des photographies avaient des chances en plus de se retrouver dans les journaux.

-- Je n'avais pas vraiment une garde-robe adéquate pour un tel événement.

-- Mais je n'avais pas vraiment non plus les budgets nécessaires pour investir dans de nouveaux vêtements.

C'est à ce moment que j'eus une idée. Une idée qui vous fera sans doute sourire.

Demandez et vous recevrez...

Et si j'offrais à ce designer de représenter ses vêtements au cours de la mission commerciale? Et si on faisait un échange de services, lui et moi? Je pourrais concevoir son site Internet.

Je n'eus même pas le temps de peaufiner la stratégie que j'étais à structurer que j'entendis de nouveau la voix grave et posée me redemander: «Mademoiselle, est-ce que je peux vous aider?» Spontanément, je lui fis mon offre avec, comme seule arme, une bonne dose de courage.

Sa réaction? Il esquissa un sourire en coin. Puis, poliment, il m'invita à passer au deuxième étage de sa boutique. Je lui racontai mon histoire, mes aspirations, mes projets.

À ma grande joie, il confirma rapidement son intérêt pour ma proposition. Plus tard dans la conversation, il m'indiqua que sa décision était basée sur des motifs différents de ceux que j'avais initialement proposés. «J'ai rarement été témoin d'une telle audace. Vous finirez par faire votre chemin, jeune femme. Et ça me fera plaisir de vous compter un jour parmi mes clientes.»

Je sentis que ce n'étaient pas les propos du designer que je venais d'entendre, mais bien ceux d'un entrepreneur. Un entrepreneur qui non seulement venait de se connecter à mon rêve, mais encore avait cerné en moi un certain potentiel d'affaires pour sa griffe.

Et si j'offrais à ce designer de représenter ses vêtements au cours de la mission commerciale?

Finalement...

Les photos officielles et les plus belles couvertures de presse ornèrent fièrement les murs de mon bureau. Les clichés se retrouvèrent également dans l'une des pages du portfolio de Gordon, le designer, l'entrepreneur. Je compris une nouvelle fois jusqu'où pouvait mener l'audace entrepreneuriale, et c'est ainsi que je pris place à côté de Sharon Stone.

UNE TRIBUNE POUR VOUS

Femmes d'affaires, affaires de femmes, c'est une tribune pour vous ! Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos succès, vos inquiétudes, etc. Vos courriels sont nombreux et toujours intéressants. À la semaine prochaine.
anne.marcotte@vivemtia.ca

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