Savoir s'arrêter
On dit souvent que le temps finit toujours par arranger les choses, que de laisser couler l'eau sous les ponts finit par faire son oeuvre.
C'est peut-être vrai pour certaines situations, mais en affaires, c'est une tout autre histoire. Le temps n'est pas toujours un allié. Pour un entrepreneur, 24 heures dans une journée, ce n'est jamais assez.
La course contre la montre
Du temps, j'aurais voulu en acheter, tellement j'avais du boulot. Les heures semblaient s'évaporer les unes après les autres. Chaque fois, le scénario était le même: mon corps sonnait l'alarme pour me rappeler que j'avais oublié de manger ou que je n'avais pas assez dormi. Je manquais tellement de temps pour mener à bien les affaires de mon entreprise que j'ai fini par pratiquement ne plus faire la différence entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle.
Il m'a fallu près de cinq ans avant de profiter pleinement de mes week-ends. Après dix ans, il était impensable pour moi de prendre plus que sept jours consécutifs de vacances. Étais-je malheureuse? Non, pas du tout. J'étais en affaires, je voulais que ça marche et je savais que ce ne serait pas de tout repos. Surtout, mon entreprise me passionnait. Pourquoi me serais-je posé des questions sur mon horaire de travail ?
Le 11 septembre 2001
Ma vie s'écoula ainsi jusqu'à ce fameux jour de septembre. J'étais assise dans mon bureau, branchée sur le site Internet de CNN, lorsque la première tour du World Trade Center s'effondra.
Je n'en crus pas mes yeux. Je ne sais pourquoi, mais quelque chose bougea aussi en moi à ce moment.
Dans les heures qui suivirent, j'eus en quelque sorte droit à un tour de manivelle. Comme dans un film, les dernières années défilèrent au ralenti dans ma tête. Accompagnée d'interrogations existentielles. Est-ce que je vais continuer longtemps de travailler 60-70 heures par semaine ? Est-ce que je ne vais faire que ça toute ma vie ?
Si j'apprenais que j'allais mourir, aurais- je des regrets, aurais-je envie de changer des choses ? Réponse : Oui.
Un virage
Mon premier réflexe a été de me dire: Je vais tout virer sens dessus dessous. Mais j'ai été réaliste. C'était impossible de faire un virage à 180 degrés sans générer des conséquences dangereuses pour l'entreprise. Même en s'entourant et en déléguant, un entrepreneur garde la responsabilité ultime de l'échec ou de la réussite de son entreprise.
Puis, le naturel est revenu au galop. Encore ce tourbillon qui nous emporte. Lentement, j'ai cependant introduit un peu d'indiscipline dans cette vie trop rangée, un peu de «Ça peut attendre» à la place du «Il faut faire ça tout de suite».
Pour en arriver à même reprendre à mon compte cette maxime d'un ami, que je trouvais suspecte comme entrepreneurechronomètre mais que je trouve aujourd'hui fort juste comme entrepreneureavec- une-vie : «Travaillez comme un fou et vous aurez des résultats de fou. Travaillez de façon équilibrée et vous obtiendrez des résultats équilibrés.»
Morale de l'histoire? Je n'entretiens aucun regret sur les années où je passais la majorité de mes heures à travailler. Mais ne pas savoir s'arrêter pour se poser quelques questions existentielles sur la gestion de son temps a été pour moi une grande erreur.
C'est tellement facile pour un entrepreneur passionné de perdre la notion du temps. Le moment est peut-être venu pour vous de prendre deux petites minutes...
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