Caisse de dépôt: Jarislowsky et Béland proposent un comité d’experts
Fabrice de Pierrebourg
Le Journal de Montréal
Des acteurs de renom de la finance dénoncent à leur tour l'attitude suicidaire et le «laxisme» de la Caisse de dépôt, qui aurait investi des milliards les yeux fermés dans les papiers commerciaux, des produits financiers inconnus qui se sont avérés catastrophiques.
«On a affaire à des gens qui ne comprennent pas, et pas seulement à des gens qui n'ont pas d'expérience», croit le gestionnaire de fonds Stephen Jarislowsky.
«Cela démontre que la gouvernance de l'industrie financière est extrêmement faible», ajoute Claude Béland, qui vient de succéder à Yves Michaud à la tête du Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires (MEDAC).
Hier, le Journal rapportait les propos de la ministre Monique Jérôme-Forget, qui estimait que les gestionnaires du bas de laine des Québécois s'étaient fait «presque berner par des produits qu'ils ne connaissaient pas».
Des propos qu'approuve l'ex-dirigeant du Mouvement Desjardins: «Il y a un relâchement dans la gestion du risque qui est généralisé. [...] Mais où est le CA là-dedans ?», se demande Claude Béland.
Un comité des sages
Selon lui, les déboires de la Caisse sont une preuve supplémentaire que «beaucoup d'investisseurs institutionnels se fient à la mode, aux cotations ou bien se disent : Si les autres font ça, ça doit être bon pour moi.»
Stephen Jarislowsky et Claude Béland plaident en choeur pour la mise en place urgente à la Caisse d'un «comité des sages». De vrais experts qui, selon Stephen Jarislowsky, "se pencheraient sur toute innovation et pourraient dire si besoin : Non, ça n'a pas de sens.»
Évaluation continuelle de la gestion des risques
Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse, explique que ces produits toxiques étaient cotés AAA à l'époque et étaient du court terme. Il assure aussi que la Caisse «évalue continuellement ses modèles d'affaires» et sa gestion du risque.
Il n'a pas été possible d'obtenir les commentaires de ses deux ex-dirigeants, Henri-Paul Rousseau et Richard Guay.
Les rares employés frigorifiés rencontrés hier devant le siège montréalais de la Caisse n'étaient pas très loquaces non plus.
«On parle beaucoup de la Caisse dans les médias en ce moment, a dit l'un d'eux. Nous, on fait notre travail et c'est tout.»
Ce qu'ils ont dit ...
«Il faut absolument avoir au conseil d'administration de la Caisse des gens qui connaissent le milieu.»
Stephen Jarislowsky
«Il y a un peu de laxisme dans tout ça. Mais qui en souffre au bout du compte ? C'est le petit investisseur.»
Claude Béland



