Le vendredi 10 février 2012

Sept victimes, sept histoires

10 décembre 2007 | 04h00
Journal de Montréal 
 Photo © ARGENT
Martin Bisaillon
Le Journal de Montréal

Nom : Michel Vézina

Âge : 68 ans

Statut : Retraité, il est devenu débosseleur.

Pertes : Toute sa retraite, 300 000 $

L’homme de 68 ans, qui a commencé à travailler comme journalier dans les fermes à 10 ans, croyait pouvoir aspirer à une retraite bien méritée quand, en août 2005, il a su qu’il était ruiné.

« Dès septembre 2005, il a fallu que je retourne au travail comme débosseleur parce que j’ai tout perdu dans cette affaire-là », relate M. Vézina.

« J’ai toujours planifié pour ne pas avoir d’ennuis à la retraite. Mais avec ça, on a été obligés, ma femme et moi, de changer notre façon de vivre. J’ai commencé à liquider certains de mes biens. Ça rend la vie très dure. Pourquoi j’ai subi ça ? » demande le sexagénaire de Saint-Hubert.

« Moi qui ai toujours travaillé. Quand on vit quelque chose comme ça, on a le goût de revirer le monde à l’envers. Il faut faire une croix là-dessus et vivre avec, sinon on ne dort plus la nuit. »

------ Nom : Réal Ouimet

Âge : 64 ans

Statut : retraité de la police, il a dû trouver un boulot à la sécurité de la station Bromont.

Pertes : Toute sa retraite, 310 000 $

Ayant oeuvré dans la police pendant 38 ans, dont 28 à la direction de la police de Bromont, Réal Ouimet a placé toutes ses économies de retraite dans le fonds Teraxis, vendu à Norbourg par la Caisse de dépôt et placement.

« Je m’étais assuré de 2000 $ par mois. En bout de ligne, je n’ai reçu qu’un chèque », relate-t-il.

« L’AMF a vraiment dormi sur la switch. Pourquoi Northern Trust (le gardien des valeurs) laissait sortir de l’argent comme ça ? Quand est-ce que l’on va savoir quelque chose ? » questionne-t-il.

« Lacroix joue à la victime mais il n’est rien qu’un voleur en cravate. J’en veux à l’AMF parce que si ça n’avait pas été de la délation d’Éric Asselin, ça aurait continué », croit-il.

« Quand tu travailles toute ta vie ; ça fait chier. M’a avoir 65 ans pis il a fallu que je retourne travailler pour gagner ma vie ! » rage-t-il.

« Tout ce que je voulais, c’était ma retraite de 2000 $ par mois. »

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Noms : Abigail et Daphney Houle

Âge : 6 et 13 ans

Statut : Orphelines

Pertes : 195 000 $ (leur héritage)

Le 22 janvier 2003, les parents et la soeur de Daphney et Abigail Houle sont décédés des suites d’un terrible accident de la circulation survenu rue Notre-Dame, à Montréal, lorsque leur fourgonnette a happé un camion roulant en sens inverse.

Après la tragédie, leurs tuteurs ont investi deux montants de 97 500 $ pour les fillettes dans le fonds Évolution de la Caisse de dépôt et placement, cédé à Norbourg en 2004.

« Je voudrais savoir pourquoi Vincent Lacroix nous a fait ça et lui demander s’il se rend compte de ce qu’il a fait », lance Daphney Houle, 13 ans, qui compte bien assister à l’audience de demain.

Son grand-père, Jean-Guy Houle, l’accompagnera. Il souhaite émouvoir le financier déchu.

« Je veux lui donner une lettre avec la photo de mes deux petites-filles pour qu’il se souvienne des enfants. Peut-être que ça va lui donner une plaie au coeur », espère-t-il.

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Nom : Chantal Couture

Âge : 41 ans

Statut : Ouvrière dans une usine

Pertes : 100 000 $

Chantal Couture avait placé l’héritage de 100 000 $ reçu à la mort de ses parents dans un fonds Perfolio géré à l’origine par la Caisse de dépôt et placement, puis vendu à Norbourg en 2004.

Formée en Europe, elle exerçait le métier de designer d’intérieur avant l’affaire Norbourg. Ruinée, elle a dû renoncer à son indépendance financière et au métier qu’elle avait choisi d’exercer.

« Je n’ai plus la liberté de travailler à contrat comme autrefois, Ça m’a pris deux ans pour me replacer dans une usine où je travaille un minimum de 40 heures par semaine pour joindre les deux bouts », déplore-t-elle.

« Je veux une enquête publique. Je veux savoir ce qui s’est réellement passé dans cette affaire. Je ne crois pas que Lacroix ait pu faire ça tout seul. Où est l’argent ? Qui sont les responsables de ce fiasco ? » demande-t-elle.

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Nom : Lise Paradis

Âge : 52 ans

Statut : Courtière d’assurances

Pertes : 84 000 $

Lise Paradis croyait avoir placé en lieu sûr ses fonds destinés à sa retraite. Tellement que quand en août 2005, les médias ont relaté la fraude de Lacroix, elle s’est apitoyée sur le sort des victimes jusqu’à ce qu’elle comprenne qu’elle-même avait été arnaquée dans l’affaire.

« L’argent doit bien être quelque part ? Si j’avais Vincent Lacroix devant moi, je ne me contiendrais pas. C’est très dur à vivre, toute cette colère en soi », dit celle qui ne sait pas quand elle prendra sa retraite.

« J’ai fait confiance à l’AMF, à mon courtier et au système et en bout de ligne, je suis ruinée. »

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Nom : Jacinthe Mathieu

Âge : 66 ans

Statut : Retraitée de la santé

Pertes : 50 000 $

« J’ai perdu 50 000 $ dans le fonds Évolution », dit Jacinthe Mathieu (pseudonyme), une retraitée du réseau de la santé âgée de 66 ans.

« Lacroix, je n’ai rien à lui dire. Il n’a pas l’air d’être dans notre monde. Les plus grands fautifs sont l’AMF : ceux qui étaient censés nous défendre. Même si la loi va pénaliser Lacroix, nous ne saurons jamais ce qui s’est passé », poursuit Mme Mathieu.

« Je regarde le gouvernement qui talonne les assistés sociaux, qui peut établir que certaines vivent ensemble pour les pénaliser et je me demande alors comment il se fait qu’on se soit fait voler des millions et que personne ne soit au courant de rien », illustre-t-elle.

De l’avis de Mme Mathieu, l’important dans cette histoire est de faire en sorte que toutes les victimes soient remboursées « car le vol a été prouvé », soutient-elle.

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